
Je vous en parlais en mai 2008, il revient sur le devant de la scène médiatique à la faveur d'une première inflexion des pouvoirs publics quant aux risques qu'il représente : le
bisphénol A vient d'être interdit dans les biberons en France, soit 2 ans après le Canada.
Bien évidemment, on continuera encore quelques mois, ou peut-être années, à le trouver entre autres dans les amalgames dentaires, les boîtes de conserve, les bouteilles en plastique, les canettes, les emballages alimentaires, ou encore certains récipients en plastique.
Jusqu'à ce qu'un gouvernement courageux ou des parlementaires sourds aux sirènes du lobbying se décident à retirer du marché cet
oestrogène de synthèse de plus en plus montré du doigt par des études indépendantes de l'industrie du plastique.
Les appels en faveur du retrait n'émanent pas uniquement des mouvements écologistes mais de professionnels de la santé comme la
Société internationale d'endocrinologie qui appelait dès juin 2009 à réduire l'exposition de la population à ces molécules,
au nom du principe de précaution. Les endocrinologues constatent une augmentation des problèmes testiculaires chez les garçons, de l'obésité précoce et une avancée de l'âge de la puberté chez les filles, évolutions qui pourraient être liées à l'alimentation et éventuellement à l'exposition au Bisphénol A.
Oestrogène de synthèse, cette molécule perturbe la reproduction, le fonctionnement du pancréas et de la thyroïde, peut inhiber l'érection suite à des modifications des tissus du corps caverneux, mais aussi affecter la perméabilité intestinale, la douleur viscérale et la réponse immunitaire à l'inflammation digestive. L'exposition pré et post-natale au bisphénols A peut fragiliser la fonction de « barrière intestinale » à l'âge adulte.
Mais ces résultats, obtenus chez le rat ou le lapin, ne sont pas acquis chez l'homme. L'évaluation est en cours, « grandeur nature » si j'ose dire, puisque pour le moment, l'industrie du bisphénol A en produit plus de
6 millions de tonnes par an.
On ne peut que regretter cette valse hésitation des pouvoirs publics, qui en sont réduits aujourd'hui à défendre d'un coté les intérêts des industriels et de l'autre, à se couvrir, au cas où, en conseillant au public de minimiser son exposition à ce produit comme la fait la Food and Drug Administration.
Suivons donc le conseil de ce puissant organisme à la lettre, et laissons sur les étals tout ce qui pourrait contenir ce que Santé Canada, l'office public de santé canadien, a classé au rang de substance dangereuse dès avril 2008. Peut-être cela conduira-t-il les industriels à changer de procédés pour reconquérir les parts de marchés qu'ils auront ainsi perdues. Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.