
On serait tenté de dire : « Il serait temps ! »
Le monde économique commence enfin à s'inquiéter des ressources en eau de la planète. Le Forum économique mondial qui s'est déroulé à Davos fin janvier a publié pour la première fois un rapport sur cette question cruciale.
Et le constat des entrepreneurs, chefs d'Etats et autres chercheurs est alarmiste. Si rien n'est fait, si le monde continue à gérer l'eau comme il le fait depuis des décennies,
c'est toute l'économie qui s'effondrera. Et là, cela devient un sujet concernant pour les décideurs du monde entier.
Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, a rappelé, aux PDG réunis à Davos, l'urgence qu'il y a à agir.
Selon lui,
« la pénurie d'eau dans certaines régions du globe peut présenter un risque pour la croissance économique, pour les droits de l'homme, la santé et la sécurité nationale. » La pénurie qui s'aggrave peut générer de nouveaux conflits, à l'image de la sécheresse qui sévit au Soudan et qui est, pour Ban Ki-Moon, en grande partie responsable de la guerre au Darfour.
Le manque d'eau entraine des conflits, principalement dans les pays pauvres. Le problème va s'aggraver à mesure que la population augmente et que l'économie mondiale croit. Alors que les réserves en eau, à l'échelle de la planète ne posent pas de soucis, c'est leurs répartitions qui créent la pénurie. Le secrétaire général de l'ONU rappelle qu'il faut que
« nous fassions en sorte de la laisser propre, de l'utiliser à meilleur escient et de la partager plus équitablement. » La rareté de l'eau aura des conséquences géopolitique, écologique, et mettra en péril les équilibres économiques. Souci humain et souci économique, donc, à Davos.
Le rapport pointe aussi la responsabilité individuelle. Les habitudes alimentaires de la planète sont remises en cause. La consommation de viande notamment, qui va s'accroitre dans les pays en développement, est grande consommatrice d'eau.
Un régime carné, par exemple, mobilise 5400 litres d'eau par jour, soit le double d'un régime végétarien. Et la production d'énergie est elle aussi très gourmande en eau.
Les entreprises du secteur de l'eau doivent aussi œuvrer pour une gestion équitable de la ressource.
Le marché des infrastructures liées à l'eau et à l'assainissement est estimé à 400 milliards de dollars par an, soit 310 millions d'euros. Et le marché du dessalement de l'eau va aller lui en augmentant de 20% par an, notamment en Inde, en Chine ou aux Etats-Unis.
Le rapport de Davos passe donc en revue plusieurs hypothèses pour pallier au problème.
La création d'eau douce, grâce au dessalement, l'incitation aux économies d'eau dans tous les secteurs, les transferts d'eau au niveau régional, ce qui suppose des coopérations transfrontalières.
Autre piste possible émise, les échanges d'eau virtuelle. L'idée est de produire certains biens gourmands en eau dans des régions qui ne soient pas en pénurie.
Le marché de l'eau doit donc se raisonner. Ce ne doit pas être un marché comme les autres. Il doit prendre compte les équilibres vitaux de la planète. Cela suppose un changement d'habitude que souligne Ban Ki-Moon.
« Il faut faire en sorte que la consommation de l'eau devienne plus efficace dans le monde et dans tous les secteurs ».
Les auteurs du rapport de Davos plaident en faveur de la constitution d'un marché des droits d'usage de l'eau, à l'image de ce qui existe en Australie, pour favoriser une meilleure utilisation des ressources.
Dans les 20 ans qui viennent, l'eau va devenir le thème favori des investisseurs. Les placements dans ce secteur sont d'ailleurs déjà plus rentables que dans le pétrole. Si la régulation s'opère correctement, ce marché de l'eau permettra de mobiliser davantage de fonds pour les infrastructures et les technologies de l'eau.
Le rapport de Davos, en anglais
« Le monde doit changer sa façon de gérer l’eau », sur AQUEDUC Info
A lire « Utiliser plus intelligemment chaque goutte d'eau », l’interview de Peter Gleick, cofondateur et directeur du Pacific Institute, sur le site du MONDE
Philippe BOURY, pour la Rédaction.