Cette semaine, je vous propose de faire une excursion dans le monde agricole, gardien d'une partie de notre environnement, pour découvrir comment les modes de production et leur évolution peuvent jouer un rôle sur l'ensemble de la nature. Je ne vais pas aborder la question des intrants chimiques, engrais et autres pesticides, mais celle de l'évolution ces 40 dernières années de ce que l'on appelle les assolements agricoles. |
Une évolution qui a entraîné une mutation profonde de l'environnement floristique des campagnes. En quelques dizaines d'années, les polycultures associées à l'élevage, qui réservaient de grandes surfaces aux prairies diversifiées, ont fait place à des bassins de production spécialisés. Le regroupement des exploitations, la mécanisation et les contraintes qualitatives pesant sur les agriculteurs, ont ainsi uniformisé les paysages et réduit la diversité florale des campagnes. A titre d'exemple, en 2000, 6 régions concentraient 54% des surfaces en céréales, oléagineux et protéagineux. Ainsi, en 40 ans, les surfaces consacrées à la luzerne ont diminué de 80% et les prairies naturelles, qui ont vu fortement régresser les légumineuses dans leur composition, ont perdu 4,4 millions d'hectares. Une évolution qui a réduit l'offre de nourriture pour l'ensemble des insectes butineurs, abeilles comprises. Et même si cela a été masqué dans les années 80 par la progression du colza et du tournesol en particulier, la situation s'est aggravée depuis 1993. En effet, ces quinze dernières années, la production de tournesol a baissé de 40%, celle des légumineuses de 60%, et les prairies, les landes et les friches ont sérieusement reculé. On constate ainsi aujourd'hui une forte disproportion entre la pression apicole et la capacité de nourriture qu'offrent les cultures, en grande partie due à la forte progression qu'a connu cette activité dans les années 80, alors que colza et tournesol étaient en plein développement. Mais depuis, en Vendée par exemple, les surfaces de tournesol ont diminué de plus de 50% entre 1994 et 2004, alors que dans le même temps le nombre de ruches augmentait sur ce département. |

Ces évolutions quantitatives ont également été accompagnées d'évolutions qualitatives. L'amélioration génétique des variétés de plantes cultivées, qui visait à répondre à la demande des agriculteurs et des consommateurs, n'est pas allée dans le sens des insectes butineurs. Dans le cas du tournesol, on constate que par le passé, les variétés cultivées conduisaient à des périodes de floraison plus longues que celles cultivées aujourd'hui. Autre exemple, dans la multitude de variétés de colza, on mesure une variation d'un facteur de 1 à 10 du volume de nectar. En raccourcissant les périodes de floraison et en diminuant le volume de nectar disponible, on réduit la capacité alimentaire des insectes butineurs, des insectes qui rencontrent de plus en plus de difficultés à trouver des fleurs dans certaines régions. Une situation bien évidemment préoccupante pour les apiculteurs, professionnels ou amateurs, mais qui interroge aussi sur les conséquences de ces changements de pratiques agricoles sur la biodiversité. Déjà mises en danger par l'usage intensif de pesticides, ces espèces, dont le rôle est essentiel pour le monde végétal, n'auront bientôt plus qu'à prendre les transports en commun, pour rejoindre leur lieu de travail. Photos : Champ de Colza & ruche © Olivier FRIGOUT Tous droits réservés. Sources : jacheres-apicoles.fr olivier, pour la Rédaction. |