
Dans le genre sympathique, le lamantin se pose comme un maître du genre. Avec sa bouille ronde, son museau proéminent et sa gestuelle pleine de douceur, ce mammifère est particulèrement apprécié des plongeurs qui ont la chance de croiser sa route. Un plaisir semble-t-il partagé puisque ce gros animal, dont les plus impressionnants spécimens peuvent atteindre quatre mètre et peser jusqu'à six cents kilos, adore tout particulièrement se faire carresser et cajoler. Les sourds gémissements qu'il produit alors indiquent d'ailleurs très clairement à quel point il est sensible à ces douces attentions.
Il faut dire que les lamantins sont de grands parleurs. Ils communiquent énormément entre eux avec des sons basse fréquence dont certains sont inaudibles par l'homme. Quant à ceux que notre oreille peut percevoir, ils comportent une part de mystère. Cet animal est en effet dépourvu de cordes vocales et les scientifiques s'interrogent toujours pour savoir quel mécanisme est utilisé pour développer ce langage. Quoi qu'il en soit, leur chant a marqué les esprits puisque ce sont sans doute ces étranges animaux qui sont à l'origine du célèbre mythe des sirènes. Une légende que l'on retrouve jusque dans leur nom puisqu'ils font partie de la famille des siréniens, en compagnie de leur cousin le dugong.
Les lamantins composent un groupe de trois espèces distinctes selon leur lieu d'implantation. Les plus petits, qui peuvent tout de même afficher 250 kilos sur la balance, peuplent le bassin amazonien en plein coeur de la forêt vierge. D'autres sont présents dans les fleuves et rivières de l'Afrique de l'Ouest, tandis que le dernier contingent, le seul vivant en pleine mer, est situé dans les Caraïbes où deux sous-espèces évoluent, l'une sur les côtes américaines de Floride et l'autre au niveau des Antilles.
Dans leurs habitats respectifs, ces paisibles mammifères se régalent d'herbes flottantes ou immergées. Ils sont totalement herbivores mais ne ruminent pas, contrairement à ce que pourrait laisser penser leur surnom de vaches de mer. Ils sont obligés d'ingérer de grandes quantités de nourriture car ce menu est très faible en apport énergétique. Cela explique que le métabolisme du lamantin soit assez faible et qu'il l'oblige à évoluer dans des eaux tempéréres. Il est en effet très sensible au froid et dans une eau à moins de 18 degrés il est condamné. Afin de rester au chaud, il n'hésite donc pas à migrer régulièrement pour assurer sa survie.

Une survie qui est malheureusement menacée. Pourtant, le lamantin n'a pas véritable prédateur naturel. Il pourrait donc couler des jours tranquilles s'il n'était pas mis en danger par l'activité humaine. Longtemps chassé pour sa chair et son huile, il est désormais entièrement protégé, ce qui n'empêche pas des actes de braconnage. La pollution des eaux et la réduction de son habitat à cause du développement du tourisme et de l'industrie qui conduisent au bétonnage des côtes, sont des dangers bien plus grands encore. C'est ainsi qu'il a déjà disparu de certaines régions comme les îles de Martinique et de Guadeloupe.
Les hélices de bateau sont également particulièrement dangereuses pour ces animaux qui se font régulièrement lacérer par les navires croisant sur leurs territoires. Si l'on ajoute à cela les filets de pêche ou les sacs plastiques à la dérive qu'ils peuvent ingérer et qui provoquent un étouffement, on comprend mieux l'étendue des menaces qui pèsent sur eux. S'il est aujourd'hui très difficile d'estimer les populations de lamantins vivant encore sur notre planète, il semble acquis qu'il ne reste plus que quelques milliers de spécimens et que leur préservation est loin d'être acquise.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.