
Les plus grands mammifères peuplant notre planète survivront-ils à l'homme? La question mérite d'être posée et ce seul fait marque un nouveau tournant dans l'histoire des relations entre humains et baleines. En effet, depuis la création de la Commission baleinière internationale (CBI) en 1946, les défenseurs de la nature sont passés par tous les états. Jusqu'à ce que cet organisme, comptant 66 pays membres, vote en 1982 un moratoire appliqué en 1986 qui interdit la chasse commerciale à la baleine, celles-ci semblaient condamnées. Il faut dire qu'en 150 ans de chasse intensive, on estime à deux millions le nombre de cétacés tués. Un chiffre proprement effarant quand on sait que les scientifiques s'accordent à dire qu'à l'heure actuelle, un million de baleines seulement peupleraient les océans du globe.
Bref, ces grands mammifères nagent toujours avec une épée de Damoclès au-dessus de leurs nageoires, même s'il convient de nuancer ce bilan. Il existe en effet onze espèces différentes de baleines et toutes ne sont pas encore dans une situation critique. Ainsi, la population des petits rorquals, estimée environ à 700 000 individus, semble bien suffisante pour préserver l'espèce. Il n'en va malheureusement pas de même pour les baleines bleues, les plus grands des cétacés, dont la taille peut atteindre 30 mètres et dont la population serait limitée à 1000 individus selon certaines études, voire 5000 pour les plus optimistes. Baleines grises, baleines à bosses et baleines franches sont également en grand danger et il est peut-être déjà trop tard pour reconstituer des populations suffisantes pour l'avenir de ces espèces.
L'entrée en vigueur du moratoire, en 1986, a tout de même permis de stabiliser les effectifs, voire à certaines espèces d'augmenter leur population. Néanmoins, tout n'est pas rose puisque trois pays, la Norvège, l'Islande et, surtout, le Japon, continuent de pratiquer la chasse à la baleine sous un prétexte scientifique. Près de 2000 cétacés, principalement des petits rorquals, sont ainsi tués chaque année soit disant pour être étudiés par les chercheurs. Tuer un animal pour mieux le connaître, voilà un concept assez particulier, et d'autant plus hypocrite que la viande de ces baleines est vendue comme produit de luxe au Japon.
Plus grave encore, les Japonais font actuellement pression sur la Commission baleinière internationale, pour autoriser à nouveau une chasse commerciale, tout en augmentant d'année en année les prises destinées à ces étonnantes recherches « scientifiques ». Certains accusent même le Japon d'acheter ou de faire pression sur certains petits pays membres de la Commission, pour qu'ils votent en leur sens. Au mois de juin dernier, ce même Japon a ainsi remporté une première bataille avec un vote favorable à la reprise de la chasse de 33 voix pour et 32 contre. Fort heureusement, une majorité de 75% est nécessaire pour que le moratoire soit abandonné et plusieurs pays, dont la France, l'Australie, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, se battent pour la protection des baleines.
Néanmoins, entre la chasse dite scientifique et la volonté de certains de reprendre une chasse véritablement industrielle, l'avenir des baleines n'est pas rose. Un problème d'autant plus inquiétant que, à l'instar des autres espèces peuplant les océans, il est très difficile de savoir exactement où en sont les populations, les experts des deux camps proposant des versions bien différentes.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.