
Quand on parle d'énergie renouvelable, vous pensez forcément à l'éolien, au solaire voire à la géothermie, trois types de ressources désormais bien connus. Ce que l'on sait moins, c'est que les océans pourraient bien révolutionner l'univers des énergies propres dans les décennies à venir. Les marées, les courants et les vagues possédent en effet un très grand potentiel énergétique, jusque là peu ou pas du tout exploité. Il suffit de voir à quel rythme la mer est capable d'éroder une côte ou d'observer la force d'une tempête, pour se rendre compte de l'incroyable puissance que dégagent les océans.
La France, une fois n'est pas coutume, a endossé le rôle de pionnier pour récupérer cette énergie qui ne demande qu'à être transformée en électricité. Dès le milieu des années 1920, un projet avait vu le jour dans le Finistère, mais il avait été finalement abandonné faute de financement. Il faudra finalement attendre 1963, pour que débutent les travaux de l'usine marémotrice de la Rance (photo ci-dessous). Cette fois, le projet aboutissait et cette usine révolutionnaire était inaugurée trois ans plus tard. Utilisant l'énergie produite par les marées, cette structure longtemps unique en son genre constitue environ 60% de l'électricité produite par la Bretagne, une région largement déficitaire en ce domaine et qui doit chaque année importer de grandes quantités d'électricité.
La réussite a donc été au rendez-vous de ce défi technologique mais, malheureusement, la France allait ensuite tourner le dos aux énergies renouvelables pour se consacrer pleinement à son programme nucléaire. Depuis, les centrales ont poussé comme des champignons et les énergies fossiles ont continué d'être utilisées sans modération. Aujourd'hui, à l'heure où le réchauffement climatique commence à inquiéter gouvernants et grands groupes industriels, même si ceux-ci se montrent encore bien timides dans leurs décisions, l'idée de produire de l'électricité à partir de la mer refait surface, notamment chez les Britanniques et les Canadiens qui ont pris une longueur d'avance dans ce domaine.

La France a tout de même décidé de lancer un projet qui pourrait se révéler intéressant dans les années à venir. EDF a entrepris la construction d'une ferme hydrolienne basée au large de Paimpol, dans les Côtes d'Armor. Le but est de mettre en place trois à six hydroliennes qui transformeront l'énergie des courants marins provoqués par les marées en électricité. A la base, le concept paraît simple, ces engins s'apparentant à des éoliennes qui seraient placées sous l'eau. Dans les faits, c'est un peu plus compliqué, comme toute première technologique. Une fois les travaux achevés, il faudra ensuite juger de la rentabilité de la structure avant d'imaginer implanter d'autres fermes le long du littoral.
Si ce procédé se révèle efficace, ce qui sera vérifié dès 2011, on pourrait imaginer que de telles installations se multiplient le long de nos côtes, voire un peu partout à la surface du globe, car le potentiel énergétique des océans est tout simplement immense. Il faut néanmoins rester mesuré, car jamais l'homme ne pourra exploiter au maximum cette ressource inépuisable. Outre les importantes contraintes techniques, il faut prendre en compte le trafic maritime, l'industrie de la pêche et la préservation des milieux naturels. Il serait en effet idiot de détruire des écosystèmes entiers dans le but de produire une énergie écologique. En revanche, alliées aux énergies renouvelables déjà existantes, les énergies marines pourraient un jour nous permettre de mieux préserver notre planète.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.