Pour la première fois dans l'Union Européenne, un projet d'exploitation de l'eau de mer pour climatiser des bâtiments publics va être lancé. C'est sur les bords de la Méditerranée, dans le Var, que l'idée va prochainement devenir réalité. La municipalité de La Seyne sur Mer a, en effet, décidé de mettre sur pieds le chantier d'un échangeur thermique de grande capacité. |
La technologie utilisée repose sur un système d'échangeurs thermodynamiques et de pompes à chaleur. Les calories et frigories vont ainsi être captées dans l'eau par les échangeurs, et les pompes à chaleur vont se charger de restituer la bonne température voulue, selon la saison, dans un circuit où l'eau douce va circuler en boucle dans les bâtiments. Une technologie connue depuis plus de cent ans puisque c'est elle qui permet de faire fonctionner votre réfrigérateur en captant les frigories dans l'air. La boucle d'eau douce va dans un premier temps alimenter un palais des congrès et un pole théâtrale, ainsi qu'un ensemble de 500 logements en cours de construction. Mais la ville souhaite étendre le procédé à des bâtiments publics plus anciens, tel l'Hôtel de Ville. Les promoteurs immobiliers privés et les offices d'HLM vont aussi être encouragés à se raccorder au dispositif. A terme, c'est plus de 60 000 mètre carrés qui se chaufferont grâce à l'eau de mer. L'investissement pour ce projet est tout de même assez conséquent. Cela est dut aux techniques, mais aussi aux matériaux qui seront utilisés. Le caractère corrosif de l'eau de mer oblige les concepteurs à utiliser du titane, métal très cher, mais très résistant. Les coûts d'entretien sont aussi élevés, car des organismes vivants viennent se déposer sur les tuyaux et les filtres en plastique. |

Ce sont ainsi plus de 2 millions et demi d'euros qui seront investit, dont la moitié à la charge de la commune. Mais sur le moyen et le long terme, l'opération est gagnante, d'après les services techniques de la ville, à la fois pour les contribuables, que pour les citoyens responsables. La consommation d'énergie serait ainsi divisée par trois et la facture des utilisateurs sera elle allégée de 40%. A cela il faut ajouter les 1.300 tonnes annuelles de gaz à effet de serre en moins dans l'atmosphère. A l'heure du tout nucléaire, et dans un pays où l'électricité est la moins chère d'Europe, peu de communes sont prêtes à consentir un tel sacrifice financier. Mais la tendance actuelle pourrait redonner vie à de nombreux projets de ce type, qui ont été abandonnés faute de rentabilité rapide. Le message écologique, plutôt porteur électoralement, peut inciter d'autres municipalités à réétudier leur point de vue. D'ailleurs, La Seyne sur mer, première de l'Union Européenne à utiliser cette technique, ne fait que s'inspirer de l'expérience de 30 ans d'une proche voisine : la principauté de Monaco. « Les eaux de surface et les eaux profondes peuvent produire de l'électricité » écrivait Jules Verne dans « Vingt mille lieues sous les mers ». 150 après, l'idée prend donc forme petit à petit sur le littoral méditerranéen.
http://www.rfi.fr/actufr/articles/087/article_50425.asp philippe, pour la Rédaction. |