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AUBRAC : Un lieu d’horreur

L AUTRE FRANCE
Chronique du 11-11-2009

Par Pierre GUELFF
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LA CHRONIQUE
La montée à pied du col d'Aubrac (1.469 mètres) dans le Massif central reste gravée dans la mémoire de tous les pèlerins vers Compostelle tant elle est éprouvante et, parfois, morose.
Naguère, seuls les loups et les sangliers habitaient ces lieux sauvages envahis par la forêt. Les Romains y tracèrent une voie, la célèbre voie Agrippa reliant Lyon à Toulouse.
En 1120, Adalard, vicomte de Flandre, passa par le col d'Aubrac pour se rendre à Saint-Jacques-de-Compostelle en compagnie d'amis.
Dans la montée, ils furent attaqués par des brigands désireux de les dévaliser. Submergés, Adalard et ses compagnons allaient être anéantis lorsque le vicomte fit appel aux forces célestes en promettant d'ériger un refuge pour les pèlerins s'ils sortaient vivants de pareille mésaventure.
Il fut entendu et les bandits prirent la fuite face à l'incroyable force qui venait d'être insufflée à Adalard et aux siens.
Au retour de Saint-Jacques-de-Compostelle, comme pour rafraîchir la mémoire de ceux-ci, une deuxième épreuve s'abattit sur le petit convoi sous la forme d'une tourmente de neige.
La mort semblait avoir sonné pour ces pèlerins mais, une fois encore, Adalard fit appel au Ciel :
« Non seulement je vais élever un refuge à cet endroit, mais aussi y construire un monastère et un hospice pour les pèlerins… si nous sortons vivants de cette tempête ! »
Marchandage ou non, la tempête se calma miraculeusement sur le champ et Adalard tint ses promesses.
Durant de longs siècles, les bâtiments élevés par le vicomte de Flandre – qui y termina son existence en 1135 – furent la providence des pèlerins.
Ils pouvaient se présenter à la « Porte de la Miche » et recevoir du pain avant d'aller éventuellement se reposer à l'intérieur du domaine.
Pour pénétrer dans celui-ci, ils passaient sous le fronton de la porte de la façade occidentale où il était inscrit : « C'était un lieu d'horreur et de profonde solitude. »
Jamais, probablement, cette inscription, empruntée au cantique de Moïse, n'avait autant le droit d'être exposée en pareil lieu sordide et désolant.
Aujourd'hui, les pèlerins modernes ne s'attardent guère plus que les pèlerins du Moyen Âge sur le site de la Dômerie d'Aubrac, selon les échos que j'ai recueillis.

Pierre Guelff, auteur des deux tomes de la « France Mystérieuse » aux Editions Jourdan.

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                Pierre GUELFF, pour la Rédaction.



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Ferpel a écrit le 17-11-2009 : Voici quelques informations historiques sur l'Aubrac Aubrac Le plateau de l’Aubrac est un plateau volcanique raboté par l’érosion glaciaire, aujourd’hui couvert de prairies. Situé entre les vallées du Lot et de la Truyère, il est le point de jonction des trois départements du Cantal au Nord, de la Lozère à l’Est et de l’Aveyron à l’Ouest. Il fait partie des espaces mythiques du chemin de Grande Randonnée (GR) n° 65 (dit “ LE Saint-Jacques ”) tracé à partir de 1970 au départ du Puy. Il en constitue un intérêt majeur, offrant aux marcheurs et aux pèlerins d’immenses étendues propres à la contemplation et à la méditation. C’est une région rude qu’il vaut mieux traverser à la bonne saison. On peut s’y perdre dans le brouillard* et y geler en hiver (comme a failli le faire le pèlerin italien Bartolomeo Fontana* à son retour de Compostelle pendant l’hiver 1539). Un lieu légendaire de ce plateau est cher aux pèlerins qui y trouvent un gîte propre à faire rêver : la dômerie* d’Aubrac (commune de Saint-Chély d’Aubrac). Ce plateau a été traversé par la via Agrippa qui reliait Lyon à Toulouse. Mais le chemin de Compostelle, lui, se dirige vers Conques sans suivre les itinéraires marchands du Moyen Age. Le tronçon du GR* 65 situé entre Nasbinals et Saint-Chély d’Aubrac a été inscrit par l’UNESCO* au Patrimoine* Mondial au titre des chemins de Compostelle. Dômerie Une dômerie est un hôpital dont le maître porte le titre de “ dom ”. A l’origine, la dômerie signifie “ la maison du Seigneur ”, “ dom ” étant un diminutif de dominus. La plus connue sur les chemins de Compostelle est à Aubrac* sur le GR* 65. La légende attribue sa fondation à Adalard*, vicomte de Flandre, pèlerin de Compostelle. Dômerie d’Aubrac (Aveyron, comm. Saint-Chély d’Aubrac, ar. Rodez) Dans son cartulaire, Conques* rapporte la donation qui lui fut faite de l’hôpital d’Aubrac* par son maître, Dom Adalard*, entre 1110 et 1130. Une des fonctions de cet hôpital fut d’accueillir les voyageurs et les pèlerins mais elle ne justifiait pas à elle seule un tel établissement. Sa position stratégique fait comprendre son importance pour mettre en valeur et contrôler de vastes territoires, situés à la frontière des trois diocèses de Rodez, Mende et Saint-Flour qu’il ne faut pas imaginer aussi déserts qu’ils le sont aujourd’hui. Malgré la dureté du climat ces lieux étaient riches et convoités et il convenait de les protéger. La dômerie a suscité bien des envies et fut pillée par les Albigeois en 1210, convoitée par l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem en 1297, par les Templiers en 1310, par les Anglais pendant la guerre de Cent Ans, pillée par les Protestants en 1595. La Révolution a achevé ce qui restait, les pierres des bâtiments ont servi à construire le village. Aujourd’hui, il n’en reste qu’une grande tour, la vieille église devenue paroissiale, la fameuse “ cloche* des perdus ”, la grandeur du site et l’animation apportée par “ LE Saint-Jacques ”. Si la fondation restera à jamais légendaire, quelques archives éclairent cependant le fonctionnement de cette maison. Un texte du XIVe siècle rappelle que, comme partout, l'hôpital recevait tous les pauvres passants et les pèlerins allant visiter “ les églises de Sainte-Marie de Rocamadour, de Saint-Jacques, de Saint-Sauveur d’Oviedo, de Saint-Dominique d’Estrémadure et de nombreux autres sanctuaires, ainsi que ceux qui iront visiter le Saint-Sépulcre ”. Dans cette liste, Compostelle n’est qu’un sanctuaire parmi les autres. Contrairement à ce qu’on dit aujourd’hui, c’est seulement à partir des années 1430 qu’apparurent les chevaliers présents aux côtés des frères et leur fonction d’assistance n’est mentionnée qu’en 1470. A cette date, dom Jean d’Estaing rappelle que le nombre des frères est limité à soixante-dix “ parmi lesquels quatre chevaliers pour la garde et la défense de l’hôpital et de la solitude qui l’environne, contre les assassins et les voleurs, et pour escorter les voyageurs et les pèlerins à travers les bois et les lieux déserts des montagnes d’Aubrac ”.

pierre a écrit le 17-11-2009 : Merci pour ces informations.


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