
En 1956, le célèbre commandant Cousteau révolutionnait la vision que pouvait avoir les hommes des océans, en réalisant le film "Le monde du silence". Il était alors assisté d'un jeune étudiant en cinéma qui a fait un joli bout de chemin depuis, puisqu'il s'agissait de Louis Malle. Ce film, n'était que le deuxième à présenter des images des profondeurs maritimes en couleurs et le succès fut retentissant, que ce soit auprès du public ou des professionnels du cinéma qui lui attribuèrent la Palme d'or du Festival de Cannes en 1956, ainsi que l'Oscar du meilleur long métrage documentaire l'année suivante.
Le titre de cette oeuvre semblait à priori correspondre à ce monde sous marin qui nous semble si calme et paisible quand on l'observe de la surface. Pourtant, les océans ne sont pas silencieux, loin de là, la plupart des espèces marines se guidant en partie grâce à leur ouïe, que ce soit pour repérer des proies ou d'éventuels partenaires pour leur reproduction. Tout le monde a ainsi entendu parler du fameux chant des baleines qui permet à ces immenses mammifères de communiquer sur des distances proprement phénoménales. En 1993, un bio-acousticien américain eut la surprise d'entendre le son à très basse fréquence émis par un cétacé qui se trouvait à 3 500 kilomètres de là.
Ce prodigieux outil de communication, oeuvre de millénaires d'années d'évolution, est malheureusement mis en danger par l'homme et de nombreux scientifiques et associations tirent le signal d'alarme. Le monde du silence est en effet devenu le lieu de tous les excès en terme de nuissances sonores. Les hélices des navires, les puissants sonars, notamment ceux employés par les militaires, ou encore les canons à air utilisés pour la prospection sismique de gaz et de pétrole aboutissent à un vacarme tout simplement insupportable pour de nombreuses espèces.
Pour vous donner un petit ordre d'idée, à 70 mètres de distance un avion à réaction produit un son de 130 décibels difficilement supportable pour nos fragiles oreilles. Sous l'eau, l'activité humaine génère des sons sans commune mesure. Les énormes sonars des bâtiments de guerre dépassent allégrement les 170 décibels, certains montant au-delà des 200, tandis que les canons à air peuvent culminer à 260 décibels, soit un bruit qui rendrait sourd n'importe qui. Si l'on ajoute à cela l'augmentation continue du trafic maritime, avec une flotte qui pourrait doubler d'ici 2025, on aboutit à une cacophonie assourdissante aux conséquences catastrophiques.

On estime que la distance à laquelle les baleines bleues peuvent communiquer à été réduite de 90% à cause des ces nuisances sonores et c'est l'ensemble des espèces qui sont touchées. L'une des conséquences les plus visibles est l'échouage de plus en plus fréquent de mammifères marins totalement déboussolés par ce vacarme incessant (photo ci-dessus). On peut ajouter à cela des organes auditifs détruits, des embolies, des hémorragies internes, une baisse de la procréation et un affaiblissement du système humanitaire. N'en jetez plus, la coupe est pleine, d'autant que cette liste de conséquences désastreuses n'est pas exhaustive.
Si certains pays commencent à prendre conscience de ce problème de grande ampleur, rien n'a encore été décidé pour limiter ces nuisances sonores destructrices. Pire, les études sismiques se multiplient, notamment dans les régions libérées par la fonte des glaces polaires, tandis que des chercheurs rivalisent d'ingéniosité pour mettre au point des sonars à très basse fréquence aux effest dévastateurs. Bref, le monde du silence n'est qu'un mythe et le vacarme produit par l'homme n'a pas fini de provoquer des ravages.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.