En marge de la 12ème Conférence internationale sur le climat (Nairobi, 06-17/11/06), le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) a lancé un défi... celui de planter un milliard d'arbres en 2007. L'ensemble de la société, du citoyen aux grands groupes capitalistiques ou philanthropiques, est appelé à y jouer un rôle central. Depuis l'ouverture de la campagne, un compteur enregistre continûment les promesses de plantation, 26 millions d'arbres à ce jour. |
Chacun étant ensuite invité à enregistrer son engagement par le biais d'un site Internet : www.unep.org/billiontreecampaign Sous le voile de la générosité et de la solidarité, la campagne «Plantons pour la planète » met en lumière l'inertie de notre société face aux enjeux du réchauffement climatique. En cela, cette campagne peut être considérée comme un alibi pour l'inaction, dans le sens où l'extension du couvert arboré est présentée, souvent d'ailleurs de manière incantatoire, comme un moyen efficace pour réduire les émissions de dioxyde de carbone. A quoi bon alors modifier nos comportements si : «un arbre de grandeur moyenne absorbe douze kilos de gaz carbonique/an et rejette suffisamment d'oxygène pour alimenter une famille de quatre personnes », si «un hectare d'arbres peut absorber jusqu'à six tonnes de CO2 par an », etc. Voilà le danger d'un tel discours : légitimer une société de consommation dont on connaît les limites en matière d'environnement… le problème n'est pas de savoir combien d'arbres ou combien d'hectares de forêt seront nécessaires, demain, pour «purifier » notre atmosphère ; le problème est de répondre à une urgence écologique. Le manque de cadrage institutionnel pénalise également l'action, très vite elle se heurtera à des règles de droit : droit coutumier ou droit législatif. Dans la plupart des régions du monde, l'usage de l'arbre est extrêmement codifié : distance de plantation, choix des essences, mise en forme de la plante, partage des récoltes, etc. Et ces règles complexes varient non seulement d'une région à l'autre, mais d'une époque à l'autre. Le végétal cristallise des rapports de force plus ou moins violents en liaison avec l'accès à la terre. |
Aussi, planter un arbre relève davantage d'un droit voire d'un privilège que d'un devoir ! Or dans l'argumentaire de la campagne, l'aspect juridique n'est jamais évoqué. De sorte qu'on ressent la fâcheuse impression que le planteur, pourvu qu'il soit doté d'une conscience écologique, peut installer des arbres où bon lui semble. S'agissant des modalités de plantation, le PNUE exprime une timide préférence pour les essences endémiques ou acclimatées, c'est-à-dire des plantes adaptées aux conditions du milieu. Plus audacieux… il met l'accent sur la restauration des forêts dégradées, l'agroforesterie et le verdissement des centres urbains. Mais pour cette campagne pompeusement qualifiée de «grand défi pour le XXIème siècle », aucun moyen financier n'est mis à disposition ! C'est dire si ce milliard d'arbres n'est que «sciure » aux yeux.
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