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LA SAINTE BAUME : La Grotte fantastique

L AUTRE FRANCE
Chronique du 13-01-2010

Par Pierre GUELFF
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LA CHRONIQUE
Quand, cloué sur la croix, le Christ poussa son dernier soupir d'homme, la montagne qui surplombe Saint-Maximin s'est fendue dans un fracas effrayant. Ouverte à flanc de rocher, une grotte accueillit Marie Madeleine, la pécheresse repentie. Elle vivait non loin de l'ermitage où maître Jacques, un fondateur du Compagnonnage (« Les Enfants de Maître Jacques »), se retira et fut assassiné.
Au XIVe siècle, le compagnonnage profita de ce voisinage pour associer les deux célèbres personnages. Le fil conducteur fut rapidement trouvé : le repentir de Marie Madeleine n'était-il pas un « chef-d'œuvre » dans son genre ?
Du coup, la grotte de Sainte Baume culminant à 1.147 mètres d'altitude sur la chaîne calcaire de Provence s'avéra être un endroit initiatique. Le Compagnon (photo) ne pouvait éviter pareil pèlerinage d'où il ramenait quelques souvenirs, fort précieux à ses yeux : un rameau cueilli lors de la montée vers la grotte dans le Bois Sans-Pareil, une figurine représentant la chapelle Saint-Pilon qui domine ce lieu sacré, les rubans caractéristiques de son état de Compagnon et de la société où il était affilié et, surtout, l'impression profonde d'avoir accompli une pérégrination hors du commun dans cette montagne merveilleuse : « Les foules sont venues nombreuses à Sainte-Baume et elles y viendront encore et toujours, car les lieux saints sont au monde ce que les astres sont au firmament : une source de chaleur, de lumière et de vie », clama Henri Lacordaire, religieux et député qui a rétabli l'Ordre des Dominicains en France.
A l'heure actuelle, Compagnons, pèlerins, fidèles et simples promeneurs gravissent encore cette montagne sainte même si, il y a quelques siècles, un moine de Vézelay vint « voler » les précieuses reliques de Marie Madeleine pour les ramener en Bourgogne !

Que pense-t-on de tout cela, là haut, à la Sainte-Baume ? La grotte naturelle creusée par l'érosion aurait accueilli Marie Madeleine qui y aurait vécu les trente dernières années de son existence, selon la tradition provençale qui exclut, donc, la théorie de Gerald Messadié faisant état du couple Jésus-Marie Madeleine ayant vécu en Inde après la résurrection du Christ.
Marie Madeleine aurait donc accosté aux Saintes-Maries-de-la Mer ou à Marseille et évangélisé une partie de la Provence.
A la Grotte, on précise : « Une figure illumine la Sainte Baume. Une femme : probablement la plus femme des femmes. Une sainte : peut-être la plus sainte des saintes. Marie Madeleine. (…) La tradition provençale fait d'elle et de ses quelques compagnes et compagnons d'exil les premiers évangélisateurs de la Provence. Ce récit n'a pas de prétention historique au sens moderne du terme (ce n'est pas parole d'Evangile !). Nul ne peut prouver la véracité historique de cette tradition, comme nul ne peut prouver qu'elle est fausse. »
Ceci rejoint parfaitement le commentaire de l'auteur Louis Carpentier, déjà cité, « la seule preuve est l'absence de possibilités contraires » !
Les Dominicains qui « gèrent » le site précisent encore : « Le fait est que la Provence a été évangélisée très tôt, sans doute dès le 1er siècle : pourquoi pas par des témoins directs du Christ ? »

Pierre Guelff, auteur de la "France mystérieuse, insolite et sacrée", deux tomes, Groupe Editions Jourdan-L'Arbre.

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                Pierre GUELFF, pour la Rédaction.



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Jean-Michel Mathonière a écrit le 13-01-2010 : Si ce récit « n'a pas de prétention historique », il n'en est pas moins utile de signaler ses erreurs en ce qui concerne le compagnonnage. Si l'une des légendes de Maître Jacques, l'un des fondateurs mythiques du compagnonnage, fait bien état de son meurtre par un mauvais Compagnon dans le massif de la Sainte-Baume, cette légende ne date que du XVIIIe siècle, si ce n'est du tout début du XIXe, période dont date sa plus ancienne attestation… Au demeurant, le « pèlerinage » d'une partie des « Enfants de Maître Jacques » à la Sainte-Baume n'est probablement pas antérieur à la fin du XVIIe siècle. Quant au fait qu' « au XIVe siècle, le compagnonnage profita de ce voisinage pour associer les deux célèbres personnages »… encore faudrait-il que nous possédions des sources documentaires aussi anciennes sur le compagnonnage avant que de pouvoir l'affirmer ! Mais, me direz-vous, citant à nouveau Louis Carpentier, « la seule preuve est l'absence de possibilités contraires »… Certes, mais alors pourquoi ne pas raconter franchement des histoires, plutôt que de la pseudo histoire ? Jean-Michel Mathonière http://www.compagnons.info

pierre a écrit le 13-01-2010 : Bonsoir, Je n'ai pas du tout la prétention d'être un historien et à chacun ses sources. Les miennes furent, à titres divers, Jean-Pierre Bayard (Payot), Bernard De Castera (PUF), Barret et Gurgand, du "terrain", de la documentation "compagnonnique" et autre... Ai-je confondu des faits historiques et des histoires développées par certains auteurs, c'est possible ? Fait un amalgame ? C'est tout aussi possible. N'empêche, comme je le spécifie toujours, mes écrits (et chroniques) sont souvent teintés de légendes. Et, vous conviendrez avec moi, qu'en ce domaine, la "vérité historique" n'a pas une place de choix. Quoi qu'il en soit, merci pour votre intervention.

Jean-Michel Mathonière a écrit le 13-01-2010 : Oui, mais les légendes aussi ont une histoire… Dans les légendes « traditionnelles » ( celles qui se racontaient autrefois, avant l'invention de la presse et de la littérature spécialisée), l'histoire n'a effectivement guère d'importance. Mais dans les « légendes » rapportées à notre époque, tout particulièrement dans les ouvrages s'occupant des « traditions », l'histoire possède une valeur ambiguë : soit elle va dans le sens que l'on souhaite donner au propos et auquel cas elle offre la confirmation éclatante de la véracité du récit légendaire (sur l'air de : « Il n'y a pas de fumée sans feu ») ; soit elle ne va pas dans le sens du propos et auquel cas elle n'a finalement pas grande importance, d'autant si les faits légendaires possèdent une dimension peu ou prou « ésotérique » (et là, on chantera sur l'air connu de « L'absence de preuve ne constitue rien d'autre que la preuve de l'absence de preuve »). C'est là une conception de la place de l'histoire que je ne partage pas, y compris pour ce qui touche au légendaire compagnonnique. Mais effectivement, c'était bien là la conception qu'en avait Jean-Pierre Bayard — Paix à son âme — et qu'il avait réussi à faire en quelque sorte « valider » dans sa thèse de doctorat d'université, publiée chez Payot. Pour le reste, il ne me semble pas que ni Bernard de Castera, dans son pâle « Que sais-je ? », ni Barret et Gurgand, dans leur excellent livre « grand public », n'aient confondus légendes et histoire, quand bien même, faute de suffisamment de sources documentaires fiables, l'histoire des compagnonnages est obligée de laisser une grande place aux légendes. Quant au « terrain » et à la documentation compagnonnique, que je pratique chaque jour depuis plus de trente ans, je vous accorde que l'une comme l'autre de ces « sources » sont capables des lectures les plus extraordinaires et les plus extravagantes ! Il faut dire qu'elles se nourrissent moins souvent de la tradition compagnonnique à proprement dire, si tant est qu'il en existe une qui soit formellement définie, que, justement, des salmigondis maçonnico-ésotérico-traditionnels (j'en oublie certainement) que fabriquent en permanence depuis plus d'un siècle divers auteurs, en lieu et place de véritables travaux documentaires d'historiens.

Pierre Guelff a écrit le 14-01-2010 : Bonjour, Je vous remercie aussi pour ce deuxième message et je dois probablement me situer dans la mouvance "des salmigondis maçonnico-ésotérico-traditionnels", néanmoins, j'ai retrouvé dans le livre que vous semblez apprécier, celui des Barret/Gurgand, la précision suivante (page 32 dans l'édition Livre de Poche) et qui concerne le sujet dont nous débattons : "Quand s'arrête la Bible, la tradition enchaîne, différente selon les sociétés (compagnonniques), mais toujours transmise avec piété, perdant un symbole ici, trouvant une fioriture là, amputée par les uns, ornée par les autres - comme tous les récits légendaires qui continuent à vivre."... deux auteurs qui ont, aussi, pour source - parmi tant d'autres -... Jean-Pierre Bayard. Enfin, vous trouverez dans les pages 59 et suivantes de leur "Ils voyageaient la France", les principaux extraits qui illustrent ma chronique. Excellente journée à vous !


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