Que ce soit en Afrique et en Asie, de nombreux éléphants semblent devenir de plus en plus violents. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: entre 2000 et 2004, pas moins de 300 personnes ont été tuées par des pachydermes dans l'état indien du Jharkhand. En douze ans, au Nord-Est de l'Inde, ce sont 605 hommes et femmes qui ont trouvé la mort, dont 230 depuis 2001. En Afrique, s'il est difficile d'établir un bilan précis, les attaques se multiplient également, des villages entiers devant parfois être évacués. |
Plus incroyable encore, certains éléphants semblent faire preuve d'une réelle perversité. Ainsi, selon une étude parue en 2001 dans la revue Pachyderm, en Afrique du Sud, de jeunes éléphants mâles ont violé, puis tué des rhinocéros. Plus récemment, l'an dernier trois jeunes pachydermes ont tué pas moins de 63 rhinocéros, toujours en Afrique du Sud et on estime à 90% le nombre de morts d'éléphants mâles pouvant être attribuées à leurs congénères. Violence, déviances, perversité, voilà des termes que l'on a plutôt l'habitude d'utiliser pour parler des humains. Pour autant il ne s'agit pas là d'anthropomorphisme primaire. Ces comportements existent et ont été étudiés de près par divers biologistes et ethnologues. Pour ces spécialistes, les raisons de ce comportement sont diverses mais sont avant tout liées à des traumatismes subis par ces animaux. Des décennies de braconnage, d'abattage sélectif ou de destruction de l'habitat auraient sans doute modifié en profondeur les liens sociaux et familiaux des plus grands mammifères terrestres. De plus en plus de troupeaux se trouvent privés d'une femelle adulte et sans matriarche les membres du groupe perdent leurs repères habituels. On assiste ainsi à une détérioration du comportement des jeunes éléphants, celle-ci pouvant être accentuée par des traumatismes vécus dans leur plus jeune âge. Ce n'est pas un hasard si on utilise fréquemment l'expression « avoir une mémoire d'éléphant ». Ces imposants pachydermes possèdent des capacités mémorielles impressionnantes et il semble maintenant établi qu'un éléphanteau assistant à la mise à mort de sa mère, voire de son troupeau entier, en conservera des séquelles psychologiques. Là encore, les éléphants se révèlent donc plus proches de nous que ce que l'on aurait pu penser. Mais si le diagnostic est posé, reste à savoir comment les hommes pourront panser ces plaies et retrouver des relations plus pacifiques avec les maîtres des savanes et forêts. |

Des expériences ont déjà été menées et il semblerait que le fait d'introduire des éléphants âgés au sein de troupeaux qui en sont dépourvus permette de limiter les comportements anormaux, y compris les changements hormonaux inhabituels et prématurés que l'on a pu observer chez les jeunes individus. Autres voies à explorer, si possible en parallèle, mettre un terme aux abattages sélectifs et au déplacement des troupeaux, sans omettre de tout faire pour restaurer les zones d'habitat au niveau qui fut le leur il n'y a pas si longtemps. Ces mesures devraient permettre d'éviter la détérioration d'une situation d'ores et déjà préoccupante. Déjà chassés et massacrés pour la valeur accordée à leurs défenses en ivoire, les éléphants n'auraient en effet plus guère de voie de salut si leur comportement agressif continue à les opposer aux populations locales, voire aux touristes dont certains ont été attaqués alors qu'ils participaient à des safaris. Une fois de plus, c'est à l'homme de réparer ce qu'il a abîmé, avant que les dégâts ne se révèlent irrémédiables. A noter que si ce sujet vous intéresse vous pouvez retrouver un dossier très complet dans le numéro du mois de janvier du magazine Géo. Les reportages : Enregistrer  Ecouter : vincent, pour la Rédaction. |