
Après le Cameroun, nous avons parcouru le Gabon, un pays très vert où la forêt tropicale est omniprésente, et pour la 1ère fois depuis notre départ les activités en matière d'accès aux énergies alternatives sont rares et peu développées. Les EnRs au Gabon se résument à quelques installations PV sans suivi, quelques tentatives (une en fait) de substitution de bois de chauffe par des combustibles alternatifs (en l'occurrence de la sciure) et c'est tout (en tout cas de ce que nous avons vu !).
Au Gabon il est n ‘est pas envisageable de faire payer aux populations rurales l'eau et l'électricité, ce qui voue d'avance les projets à l'échec. « L'eau ou le soleil appartiennent à tout le monde, la ressource et leur accès doivent être gratuits », voilà le discours des politiques et des populations mais une chose est sûre, leçon d'Afrique de l'Ouest qui a l'expérience des projets, c'est que cela ne peut pas marcher si l'on donne les équipements aux populations et si elles ne s'impliquent pas financièrement!
Le Gabon vit des rentes du pétrole et du bois ce qui lui a « permis » de préserver une grande partie de sa forêt. La biodiversité y est grande et les régions complètement inexploitées encore nombreuses sans doute « grâce » à une certaine inactivité agricole . Les préoccupations environnementales sont plutôt tournées vers la conservation d'un écosystème rare et d'une valeur inestimable.
Aujourd'hui nous sommes au Congo à Pointe Noire sur la côte atlantique où nous sommes arrivés pour la 1ère fois (et malheureusement) à bord d'un avion. Contraint, après un séjour à Brazzaville (la capitale) que nous avions rejoint par la route, de faire un vol de 400 kms à cause d'une insécurité plus que chronique sur la voie terrestre. La guerre qui s'est terminée en 2002-2003 a laissé des petits groupes de rebelles dans la région du pool entre Brazzaville et Pointe Noire. La situation est plutôt floue dans la région car peu de gens savent ce qui s'y passe réellement et en parler est un peu tabou. Après avoir échangé, appris, et découvert pendant plus de 8 mois auprès d'associations, d'institutionnels, … nous allons pour la 1ère fois mettre la main à la pâte. Nous travaillons depuis quelques jours à la mise en place d'un fumoir amélioré destiné à soulager la charge de travail des fumeuses de poisson du port de pêche artisanal de Pointe Noire. Nous espérons, grâce à la mise en place d'un prototype, de démonstrations et de micro-crédits, vulgariser des fumoirs économes en bois et améliorant rendements et conditions de travail tout en restant accessibles financièrement. Les délais sont un peu court (2mois), mais l'équipe qui s'est formé autour de ce projet au sein de la communauté est motivée et enthousiaste. L'objectif pour nous est également de faire une sorte d'autoévaluation du réseau que nous mettons en place et de la pertinence des données que nous avons accumulées jusqu'à aujourd'hui.
Nous sommes donc à Pointe Noire pour encore 2 mois. Pointe Noire, surnommée la ville électrogène et nous avons vite compris pourquoi… partout dans la ville, il y a ce ronron permanent des groupes électrogènes qui compensent les baisses de tension ou les coupures. Le reste du pays est dans la même situation. La guerre civile a endommagé le peu des infrastructures existantes laissant les congolais, ces gens si sympas et accueillants, se débrouiller seuls.
Côté bilan carbone, rien de très bon, le séjour au Gabon a été presque catastrophique en terme d‘émissions de GES, car, d'une part tous les produits de consommation courante et surtout la majorité des vivres sont importées d'Europe, du Brésil, de Chine, ou d'Afrique du Sud mais aussi car nous avons fait 240km en pirogue (le seul moyen à part l'avion) pour rejoindre Port Gentil et cette pirogue collective (une sorte de bus fluvial) était propulsée par 8 moteurs 2T de 40ch qui ont engloutis près de 2000 L de pétrole pour faire cette petite distance. Au final nous émettons au Gabon 2 fois le quota que nous nous sommes fixés pour la durée de notre séjour dans le pays, de quoi effacer le bon bilan du Cameroun. Pour le Congo, il y a bien sûr le voyage en avion qui nous pénalise. Nous avons émis en moins d'1heure et en 400km autant que ce que nous émettons en moyenne pendant 1 mois en Afrique (transport, alimentation et hébergement compris) …ça calme.
Si aujourd'hui, notre bilan global est dans le rouge et au dessus du quota que nous nous sommes fixé (500kg éq. C par an) et que nous sommes un peu déçu d'avoir pris l'avion pour 400km alors que nous avons fait les 25 000 kms précédents par la voie terrestre, le défi n'est pas pour autant perdu et nous espérons ne plus avoir à prendre l'avion jusqu'à la fin du voyage… A moins que de nouvelle contraintes géopolitiques ou logistiques ne surgissent …
Jeudi 17 Janvier 2008
Fréquence Terre n°09 –
2 mois à Pointe Noire sur le terrain où nous découvrons une autre Afrique…
Nous sommes toujours au Congo où nous en apprenons et en découvrons tous les jours davantage sur ce pays et ses habitants. Nous intriguons la population. 2 blancs dans un quartier populaire qui ne travaillent pas pour le pétrole, c'est bizarre! Et au bout de 1 mois, les services de l'immigration et de la police administrative nous ont « retrouvé ». C'est donc des interrogatoires, avec des « agents qui ne comprennent pas bien » ou avec des colonels, qui viennent couper notre rythme de travail avec la communauté de pêcheurs. Des interrogatoires qui nous semblent prendre des proportions démesurées. Et puis, de nos jours, être une association française n'a rien de bon en Afrique !! Au consulat français, on nous dit que ces mentalités de « tout vouloir savoir » sont des restes de la présence soviétique au Congo Brazzaville. Il reste encore pas mal de traces, aussi bien au niveau des bâtiments « case du parti » ou faucilles et marteau représenté sur les murs que de la mentalité « tatillonne » de l'administration Congolaise.
Du fait de notre « mini-sédentarisation » nous voyons de près ce qu'est la misère et ce qu'elle peut engendrer. Dès que l'on sort du centre ville, les rues sont insalubres et sont de véritables égouts à ciel ouvert (il n'y a ni ramassage ni de traitements des déchets), les gens n'ont d'autre choix que de vivre dans ces conditions, l'éducation laisse à désirer et le niveau scolaire n'est pas très élevé. En témoigne cette étrange annonce télévisuelle à propos de la sortie d'un « abac » des moyennes pour aider les professeurs à « trouver » les moyennes des élèves qu'ils ont du mal à calculer par eux même !!!.
Côté projet, ça avance, sûrement mais doucement.
Avec la construction du fumoir amélioré et la sollicitation des artisans congolais, nous découvrons comment fonctionnent les « travailleurs » qu'il faut toujours motiver avec des pièces ou des bières si l'on veut que le travail avance un peu plus vite. Une conception difficile à comprendre pour nous européens.
Dans quelques jours le prototype en argile devrait sortir de terre. Les conditions de travail des fumeuses sont très difficiles, les fumoirs dégagent beaucoup de fumée, elles subissent un stress permanent avec des approvisionnements en poisson, en bois et des ventes toujours incertaines. Depuis quelques jours elles s'organisent pour « manifester » contre le prix du bois qui ne cesse d'augmenter. Il est vrai que leur consommation de bois est énorme dans leur activité et qu'il représente un coût important. Nos premiers résultats donnent une consommation de 1kg de bois pour 1 kg de poisson frais. Sachant qu'il y a environ 700 fumeuses, avec une moyenne de 6 fumoirs / fumeuse, qu'un fumoir traditionnel consomme 200 kg de bois /semaine, faites les calculs… c'est en milliers de tonnes que cela se compte. Le projet que nous mettons en place prend des allures alors toutes autres si on l'extrapole à toute la communauté, nous nous disons qu'il y a vraiment urgence. La suite de ce pré-projet sera d'aller chercher des financements auprès de bailleurs de fond afin de pouvoir faire quelque chose de plus conséquent (à bon entendeur). Ici comme ailleurs, nous sommes toujours « écoeuré » de voir comment la plupart des projets sont mis en place : l'argent (qui vient souvent de loin) a du mal à arriver sur le terrain et la population n'est que très rarement impliquée. Il y a moins de 3 ans un projet sur le fumage, financé par la commission européenne a offert des fumoirs à quelques fumeuses, un prototype en métal plutôt bien conçu, pourtant la plupart des fumoirs qui ont été distribué ne sont plus utilisés aujourd'hui car peu de gens était au courant du projet avant que les fumoirs n'arrivent, les essais avait été effectué « en labo », si bien que bêtement ces fumoirs améliorés sont trop petits et ne prennent pas assez de poissons. Les sommes investies étaient importantes, les consultants bien rémunérés et au final les conditions de travail des fumeuses n'ont pas changé. Notre démarche de projet part dans l'autre sens. Partir de la base pour ensuite aller vers le haut, et nous restons persuadé que c'est le bon sens…
Côté bilan carbone, nous avons pu rattraper notre voyage en avion et sommes repassé dans le vert. Nous regretterons toujours de ne pas avoir pu faire ce voyage sans prendre l'avion mais nous sommes contents d'avoir pu compenser ces émissions. Nous pouvons expliquer cela par le fait que nous faisons le même petit trajet (résidence – base des pêcheurs) tous les jours en 100-100 (le taxi ville qui avant coûtait 100F / personne et qui coûte aujourd'hui 150F (0,20€) à 5 par voiture. Les différents quartiers périphériques possèdent tous des lignes de minibus qui prennent 19 passagers. Et puis nous nous déplaçons beaucoup à pied, Pointe Noire n'est pas une très grande ville…
Nous commençons à préparer notre départ de l'Afrique centrale vers l'Afrique Australe. Nous devons traverser l'Angola et les Angolais protègent leur frontière (sans doute de peur que l'on vienne piller leur nombreuses ressources naturelles !) donc l'obtention du visa est difficile. Aussi, depuis Pointe Noire, le trajet par la route n'est pas possible : il n'y en a pas. Donc nous voilà confronté à cette question fatale que nous nous étions d'ailleurs posé récemment « si nous avions le choix entre l'avion qui coûte moins cher et un autre mode de transport qui coûte plus cher mais qui pollue moins, que ferions nous ? Est-ce que notre environnement mérite 200€ de plus » Telle est notre réflexion et le choix auquel nous sommes confronté aujourd'hui ? Alors rendez-vous en Namibie dans quelques semaines pour la réponse…
Nathalie et Fabien Au rythme de l\'Afrique, pour la Rédaction.