On parle très souvent d'espèces en voie d'extinction qu'il convient de protéger. De nobles sentiments qui n'aboutissent malheureusement pas toujours à la sauvegarde des animaux concernés. L'année 2007 est ainsi à marquer d'une pierre tombale en ce qui concerne le dauphin de Chine, également appelé baiji, espèce que l'Académie des sciences chinoises a officiellement déclaré éteinte il y a quelques semaines. Cela faisait cinquante ans qu'un grand animal n'avait pas disparu de la surface de notre planète, preuve que des progrès ont été accomplis dans la conservation de la faune qui nous entoure, mais preuve aussi que le chemin est encore bien long avant que les humains ne parviennent à vivre en harmonie avec la nature. |
Cette disparition du dauphin de Chine était malheureusement programmée. D'une population d'environ 5 000 individus au début du XXe siècle, on était arrivé à deux cents survivants en 1990. Le gouvernement chinois avait bien déclaré l'espèce en danger dès 1979, mais sans prendre de véritables mesures conservatoires, hormis peut-être une loi promulguée en 1983 et qui interdisait la chasse au baiji. Le problème, c'est que la chasse, si elle ne contribuait pas à sauvegarder ce mammifère, était bien loin d'être le facteur principal du déclin de la population. L'incroyable taux de pollution du fleuve Yangtsé, où vivait cette espèce et dont les berges abritent désormais un dixième de la population mondiale, les filets de pêche et un trafic maritime sans cesse croissant ont définitivement condamné cette espèce unique qui avait pourtant survécu durant plus de vingt millions d'années. Quasiment aveugle, ses yeux ne lui étant d'aucune utilité dans les eaux troubles du grand fleuve jaune, le dauphin de Chine avait développé un sonar encore plus performant que ceux, pourtant déjà très efficaces, des autres membres de cette grande famille. Un sonar qui, au milieu des cargos et navires de toutes sortes, brouillé par le bruit des hélices et des moteurs, perdait de son efficacité, le baiji devenant quasiment sourd à tout ce qui l'entourait et ne pouvant plus détecter les poissons qui constituaient la base de son alimentation. C'est à cause de cet « aveuglement » sensoriel, que de nombreux individus ont été lacérés par les hélices des navires croisant sur le fleuve. Dès lors, la disparition de l'espèce était quasiment inéluctable. |
En 1998, une équipe de chercheurs montait une expédition et parvenait à observer sept dauphins de Chine. On ne le savait pas encore, mais il s'agissait de la dernière observation de cet animal dans son milieu naturel. En décembre dernier, une nouvelle expédition a sillonné le fleuve durant six semaines, utilisant des sonars sophistiqués pour débusquer ce grand animal dont la taille varie de un mètre quarante à deux mètres cinquante, mais sans dénicher la moindre trace d'un individu vivant. Le dernier baiji en captivité étant mort en 2002 il ne reste plus guère d'espoir de croiser un jour la route de ce mammifère unique. Certes, quelques spécimens sont peut-être encore en vie, mais les scientifiques sont unanimes pour estimer qu'il ne reste pas suffisamment d'individus pour renouveler l'espèce. En attendant, la Chine se prépare à la grande fête des Jeux Olympiques, dépense sans compter et oublie au fil du temps ce qui était un symbole de sa faune il y a peu. vincent, pour la Rédaction. |