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ARLES : La nécropole sacrée

L AUTRE FRANCE
Chronique du 14-04-2010

Par Pierre GUELFF
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LA CHRONIQUE
Venant d'Orient, de Provence, des Alpilles, d'Italie…, beaucoup de pèlerins vers Compostelle débutent leur pérégrination à Arles.
Ils découvrent aux portes de cette ville d'une cinquantaine de milliers d'habitants, la célèbre abbaye romane de Montmajour (Grande Montagne). Elle est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO et fut fondée en 948 par les Bénédictins.
Quelque peu abîmée à la Révolution, elle présente encore plusieurs remarquables parties : l'église, le splendide cloître, la crypte (véritable église basse), un donjon, la chapelle Saint-Pierre.
Bâtie sur un îlot rocheux, elle réunit le roman, le gothique et le classique pour lui donner une « âme » particulière.

Arles a été une ville très importante au temps de la Gaule romaine et elle a conservé le théâtre antique de 7.000 places, des arènes et des thermes qui font la joie des nombreux touristes avides de photos « exceptionnelles ».
Mais, Arles c'est aussi le site des Alyscamps, la nécropole dont les origines sont paléochrétiennes.
La vaste allée est bordée de sépultures se présentant sous la forme de trois couches de tombes superposées ! L'Ephésien Trophime, compagnon de voyage de saint Paul, y a déambulé…
Le « Guide du pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle » contenu dans le Codex Calixtinus explique :
« Ceux qui vont à Saint-Jacques par la route de Saint-Gilles, doivent rendre visite à Arles au corps du Bienheureux Trophime, confesseur ; c'est celui dont saint Paul, écrivant à Timothée, évoque le souvenir et qui fut, par ce même apôtre, sacré évêque et envoyé le premier dans cette ville pour y prêcher l'évangile du Christ. C'est de cette source très claire, dit le pape Zozime, que toute la France reçut les ruisseaux de la foi…
Il faut visiter aussi le corps du Bienheureux Césaire, évêque et martyr, qui établit en cette ville la règle des moniales. Et dans le cimetière de la même ville on doit chercher les reliques de l'évêque saint Honorat…
Dans la magnifique basilique repose aussi le corps du très saint martyr Genès. »
Genès (ou Genesius, ou Genest, greffier vers la fin du IIIe siècle) fut décapité après avoir été attaché à une colonne qui garda très longtemps les traces de son sang vermeil. Mais le saint prit sa tête tranchée entre les mains – à l'image de saint Denis à Paris et de saint Alban à Mayence - et la jeta dans le Rhône. Son corps fut ensuite emporté par les flots jusqu'à la basilique Saint-Honorat. La tête, quant à elle, fut conduite jusqu'à la mer par un ange et atteignit Carthagène en Espagne… à l'instar du corps de saint Jacques qui fut emmené par les flots sous la conduite d'un ange du Proche-Orient jusqu'aux rives de Galice".

Concernant les Alyscamps, le même guide explique encore :
« Il faut y intercéder pour les défunts suivant la coutume… Nulle part ailleurs, on ne pourrait trouver en un cimetière tant de tombes de marbre, ni de si grandes alignées sur la terre. Elles sont d'un travail varié, portant d'antiques inscriptions sculptées en lettres latines, mais dans un langage intelligible. Plus on regarde au loin, plus on voit s'allonger la file de sarcophages…
Dans ce cimetière, il y a sept églises, si dans chacune d'entre elles, un prêtre célèbre l'Eucharistie pour les défunts, ou si un laïc fait pour eux dire la messe, ou si un clerc y récite le Psautier, il est sûr de trouver auprès de Dieu, à la résurrection dernière, ces pieux gisants pour l'aider à obtenir son salut.
En effet, sont nombreux les corps des saints martyrs et confesseurs qui reposent là, et dont les âmes résident au milieu des joies du Paradis.
»

L'allée des Alyscamps qui subsiste a été aménagée par les religieux Minimes du XVIIIe siècle.
En 1888, les peintres Van Gogh et Gauguin (photo Google) vinrent y exercer leur talent dans ce que l'on appelle aussi les « Champs Elysées » d'Arles.
Van Gogh évoqua ce lieu dans une lettre privée à son frère Théo :
« … je crois que tu aimerais la chute des feuilles que j'ai faite. C'est des troncs des peupliers lilas, coupés par le cadre là où commencent les feuilles. Ces troncs d'arbres comme des peupliers bordent une allée où sont à droite et à gauche alignés de vieux tombeaux romains d'un lilas bleu. Or le sol est couvert, comme d'un tapis, par une couche épaisse de feuilles orangées et jaunes tombées. Comme des flocons de neige il en tombe toujours encore. »
Avant eux, Dante, le père de la poésie italienne, évoqua les Alyscamps dans son ouvrage « L'Enfer » :
« Comme à Arles où le Rhône est stagnant
Comme à Pola, près du Quarnaro,
qui arrose les frontières de l'Italie,
Des sépultures jonchent le terrain inégal.
»

Pierre Guelff, auteur des deux tomes de « France mystérieuse, insolite et sacrée » (Editions Jourdan).

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                Pierre GUELFF, pour la Rédaction.



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