"L'avenir appartient aux villes qui sauront faire le choix du développement durable !" Cette affirmation, on la doit à Michael White, urbaniste canadien, qui a été recruté par l'Emirat d'Abu Dhabi. Avec plusieurs de ses collègues, il a pour mission de faire d'Abu Dhabi la capitale du développement durable. Rien que çà !
Un pari insensé dans cette région du pétrole roi, où les villes n'ont cessée de s'étendre dans le désert depuis 40 ans.
Gratte-ciels, autoroute, transports en commun quasi inexistants, dans cet émirat on est à priori loin de soucier d'environnement.
Pour renverser la vapeur, Abu Dhabi a donc choisi de forcer les choses.
Depuis 2 ans et demi, une nouvelle ville est en chantier non loin de l'aéroport. Baptisée "Masdar", qui signifie "source" en arabe, elle a pour vocation à devenir la première ville 100% écologique. Prévue pour accueillir 50 000 habitants à son achèvement en 2020, Masdar est conçue pour ne rejeter aucun déchet, ni émettre de carbone. Le vélo et les transports en commun écologiques à taille humaine seront les modes de déplacements privilégiés dans ce havre préservé où la voiture sera bannie. Recyclage des déchets, réutilisation des eaux usées pour les cultures ou encore développement intensif de l'énergie solaire seront les piliers du concept de cette cité du futur.
Au-delà de cette "ville idéale", Abu Dhabi s'est engagée dans un chantier plus global qui veut repenser la ville dans son ensemble.
Avec son plan "Vision 2030", la capitale de l'émirat veut se convertir à l'urbanisme vert. Car avec sa croissance exponentielle – 500000 habitants il y a dix ans, plus d'un million aujourd'hui et près de 3 millions en 2030 – Abu Dhabi a une des pires empreintes écologiques de la planète.
Pour redorer l'image du pays, le gouvernement a donc fait appel à des urbanistes canadiens qui doivent donner corps à la mue.
Le nouveau centre ville accueillera 400000habitants dans un urbanisme redessiné qui privilégiera les avenues étroites, à taille humaine, protégées de la chaleur, avec des espaces piétonniers et des transports en communs performants. Des lignes de tramway relieront les banlieues plus excentrées, et un peu partout, la végétation aura droit de cité.
L'émirat promet par ailleurs que le temps du bétonnage à tout crin est révolu. La révolution verte ne s'arrêtera pas à la capitale. Sur la côte, d'autres ilots écologiques verront le jour… Des éco-villages clairsemés dans le désert sont aussi en projet.
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A Masdar, les premiers résidents viennent d'investir les lieux. 180 étudiants s'y sont installés, principalement à l'Institut de Sciences et de Technologie dont la thématique centrale sera le développement durable. Les bâtiments se veulent économes en énergie en intégrant par exemple des panneaux solaires et de nombreuses zones ombragées.
Le projet global de cette éco-cité du désert est tout de même évalué à plus de 22 milliards de dollars, pour 50 000 résidents attendus, soit près de 450 000 dollars par habitant. Une dépense qui peut paraitre démesurée au regard de ce qu'une telle somme pourrait apporter aux régions où l'eau, par exemple, se fait rare ou impropre à la consommation.
Autre élément qui serait bon à être évalué : le bilan carbone de l'opération. Si la ville achevée s'avère écologique, quand sera-t-il de l'ensemble des moyens mis en œuvre pour que le chantier soit abouti ?
L'économie du pays repose actuellement pour l'essentiel sur l'énergie – le gaz et le pétrole. Le plan "Vision 2030" engagé par Abu Dhabi entend faire faire à la mégapole sa mutation écologique et réorienter ses ressources sur le tourisme, l'éducation et les services.
De la croissance effrénée à la prise de conscience écologique, cette conversion d'Abu Dhabi au développement durable peut être vue comme un projet égoïste et mégalo-maniaque ou comme un signe du renouveau de la Région. Cela reste en tous cas un laboratoire à observer pour les futurs projets qui fleuriront, peut-être, dans le monde…
Le site officiel de Masdar
Masdar accueille ses premiers habitants
Abu Dhabi, capitale du développement durable
Philippe BOURY, pour la Rédaction.