
Le spectre de la crise pétrolière à venir, que l'Agence Internationale à l'Energie vient d'avancer de 10 ans, renforce encore les tenants du nucléaires qui, après avoir surfer sur la vague du changement climatique, se placent en unique recours à la fin annoncée du pétrole.
Mais pour combien de temps ? Les ressources en Uranium (235) dont l'humanité pourrait disposée atteindraient 16 millions de tonnes. Elles se décomposent en 3,34 millions de tonnes exploitables à un coût raisonnable, 2,13 dont on a géologiquement déduit l'existence, 2,8 partiellement découvertes et 7,8 dont des études ont montré l'existence.
A ses ressources doivent être ajoutées le recyclage des stocks militaires russes et américains, qui représentent aujourd'hui 45% du combustible utilisé. Des chiffres qui permettent à Georges CAPUS, vice-président marketing du groupe Areva, d'affirmer que « cela assure la ressource pour exploiter le parc mondial actuel pendant environ quatre-vingts ans ».
Mais dans le même temps, il admet que « ce sera plus difficile qu'au début, quand il suffisait de se promener avec un compteur Geiger pour trouver un gisement ».
Les prospecteurs sont donc de nouveau sur le terrain, les perspectives économiques du secteur n'ont jamais été aussi prometteuses. Mais en est-il de même pour l'humanité ? Car si le parc nucléaire est multiplié par deux dans les années à venir, ces mêmes ressources viendront à manquer bien plus tôt, et peut-être au même moment que le pétrole. L'AIE, qui a récemment revue sa copie en terme de ressources pétrolières [1], reste rassurante sur le nucléaire. L'agence estime que « les réserves prouvées sont suffisantes pour répondre à la demande bien au-delà de 2030, y compris dans l'hypothèse d'un quasi-doublement des capacités électro-nucléaires installées ».
Et après ? Le gisement le plus important reste l'eau de mer, qui recèle 3 grammes d'uranium pour 1000 tonnes d'eau. Pour obtenir la puissance énergétique mondiale annuelle actuelle, il faudrait traiter 6 millions de tonnes d'eau par secondes, soit 3000 fois le débit du Rhône ou encore, l'équivalent du débit de l'ensemble des fleuves terrestres vers les océans. Les conséquences pour la vie aquatique seraient catastrophiques.
Pour répondre aux besoins à venir de combustibles nucléaires,
il va donc falloir explorer et exploiter des territoires jusqu'alors préservés. Et certaines ressources resteront difficiles d'accès et d'exploitation. Une exploitation dévastatrice, qui laisse bien souvent des mines dont la décontamination est un problème.
Quant à la logique économique, elle ne plaide pas forcement en faveur de la relance du nucléaire, sauf pour les industriels eux-mêmes. Comme le baril de pétrole, la livre d'uranium a flambé pour retomber à 50 dollars aujourd'hui. Mais les pays producteurs veulent désormais tirer le meilleur prix de leurs ressources et la compétition entre les exploitants est telle que le coût devrait, comme pour le pétrole, grimper inexorablement.
Un coût d'exploitation auquel s'ajoute le coût de construction et de démantellement des centrales.
La facture sera, au bout du compte, payée par le consommateur. Sources : le Monde du 11.01.09 Mal de Terre, Hubert Reeves, Edition du Seuil - 2003[1] L’AIE fixe à 2020 le pic de production pétrolière - Fréquence Terre 31-12-2008
Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.