
Lorsque l'on s'intèresse aux animaux, on rêve souvent des vastes espaces des plaines d'Afrique, de la luxuriance des forêts équatoriales ou de la richesse des fonds marins et de ses étranges créatures. Pourtant, tout près de chez nous, il existe bon nombre d'espèces sauvages que l'on connaît parfois moins que certaines créatures exotiques. Le blaireau est au nombre de celles-ci. Cet animal de l'ordre des mustilidés, qui comprend notamment les loutres, furets, putois et autres gloutons, est pourtant un habitant historique de nos forêts. Le fait qu'il soit principalement nocturne et qu'il détale dès qu'il identifie la présence d'un humain explique en grande partie qu'il demeure assez méconnu du grand public.
En revanche, cela ne nous dit pas vraiment pourquoi le blaireau a autant de problèmes relationnels avec les hommes. Ceux-ci, comme souvent, ont décrété qu'il s'agissait d'un concurrent nuisible. Certains agriculteurs affirment qu'il cause d'importants dommages aux récoltes, tandis que des chasseurs peu informés soutiennent que ce prédateur s'attaque à leur gibier. Bien sûr, lorsqu'un blaireau tombe nez à nez avec une nichée de lapereaux ou trouve un nid sur le sol de son territoire, il se découvre une âme de gourmet et se fait plaisir avec un bon repas. Il est néanmoins utile de rappeler que ces proies sont vitales pour le blaireau alors que, jusqu'à preuve du contraire, les chasseurs pratiquent un loisir, un sport diront certains, et que ce ne sont pas eux qui vivent au coeur des forêts 365 jours par an pour y tirer leur subsistance.
Pour ce qui est des dégâts infligés aux cultures, là encore, le blaireau n'est pas totalement innocent, lui qui aime notamment se délecter de raisins ou de jeunes épis de maïs. Totalement omnivore, cet animal a en effet tendance à se nourrir de tout ce qui lui tombe sous le museau, mais il provoque des dommages sans aucune mesure avec ceux que causent les sangliers et cela ne vaut certainement pas une réputation de nuisible. Tout au contraire, il est particulièrement utile puisqu'une grande part de son alimentation est composée de vers et de rongeurs qui eux, lorsqu'ils prolifèrent, causent des dommages très conséquents et préjudiciables. D'une certaine façon, le blaireau est donc un auxiliaire particulièrement utile pour les paysans, nombre d'entre eux en ayant pleinement conscience.

Cela n'empêche pas que le blaireau soit toujours chassé sur notre territoire, alors qu'il fait partie des espèces protégées dans de nombreux pays européens. En grave danger d'extinction dans l'ensemble des pays des Balkans et en Turquie, il est un peu mieux loti en France où on estime qu'environ 100 000 individus peuplent nos forêts. Un chiffre à relativiser, aucune étude particulièrement poussée n'ayant été menée pour l'étayer. Quoi qu'il en soit, on est bien loin des 350 000 blaireaux britanniques, là où ils sont protégés par la loi.
Il serait donc très utile de réviser la législation française pour préserver une espèce particulièrement utile à l'équilibre de nos écosystèmes. Mais avant cela, certaines pratiques pourraient d'ores et déjà être abandonnées, comme le championnat de France de déterrage de blaireau qui se déroule en ce mois de mai à Cluny en Saône et Loire. Certes, les participants à ce "championnat", puisqu'ils l'appellent ainsi, s'engagent à ne pas tuer les animaux, mais vous avouerez que lancer deux ou trois chiens dans les terriers des blaireaux pour les acculer, les forcer à sortir par la seule ouverture non obstruée avant de les capturer à l'aide de tenailles métalliques n'est pas d'une très grande douceur. N'hésitez donc pas à signer les pétitions qui circulent sur internet contre cette pseudo compétition, notamment sur le site www.abolition-deterrage.com
Vincent Armillon, pour la Rédaction.