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Réserve Marine de l'Archipel des Chagos : crime ou bienveillance ?

BIODIVERSITE
Chronique du 16-04-2010

Par Anne-Laurence MAZENQ
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LA CHRONIQUE
C'est le 1er avril et ce n'était pas une blague que le Ministre anglais des Affaires Etrangères David Miliband a fait une annonce qu'il a lui même qualifié d'historique. EN effet, le royaume uni a donné son feu vert à la création de la plus vaste réserve naturelle marine du monde. Une annonce retentissante dans un contexte mondial ou moins de 1% de la surface des océans est protégée. La dernière plus grande aire marine placée sous protection avait été créée en 2006 par l'ex- président américain Georges Bush, au Nord-ouest d'Hawaii. La nouvelle se situera dans l'archipel de Chagos, 55 îles situées dans l'océan Indien à l'ouest des Seychelles et au sud des Maldives. Ces confettis, héritage du lointain et puissant empire britannique, appartiennent à la Grande-Bretagne depuis 1814. En en faisant une aire marine protégée, le RU double la surface des océans placés sous protection dans le monde, ce qui signifie l'interdiction d'activités comme la pêche industrielle et la mise à disposition pleine et entière pour les études et les recherches scientifiques.
Il faut dire que l'archipel présente un intérêt certain dans des domaines scientifiques variés tels que l'acidification des océans, les récifs coralliens, les réserves de pêche ou plus généralement les impacts des changements climatiques. On trouve dans ces eaux réputées les plus pures du monde, une biodiversité très riche. Le site est souvent comparé à la Grande barrière de corail d'Australie pour sa vie marine qui abrite plus de 200 espèces de coraux, des milliers de poissons dont le thon jaune, des tortues, des crabes ainsi que des oiseaux marins et plus de 70 espèces figurant sur la liste rouge de l'UICN.
Si le projet est évidemment salué par des écolos du monde entier, il est contesté par d'autres et engendre des tensions diplomatiques. Ce dossier fait remonter à la surface de l'océan une vielle histoire liée à la colonisation britannique car avant l'arrivée des anglais, l'archipel était habité par des métis, descendants d'Africains, d'Asiatiques et de colons européens qui vivaient de manière traditionnelle, sans échanges monétaires. En 1965, Londres a fait expulser les 1 500 habitants de la plus grande île de l'archipel, Diego Garcia pour permettre l'installation d'une base militaire américaine. Les Etats-Unis avaient exigé une île déserte, afin de ne pas avoir à indemniser des habitants pour les destructions et la pollution marine. Les populations qui vivaient la en toute simplicité de leur pêche et de leur cueillette furent alors embarqués de force dans des bateaux et déposés sur l'île Maurice et aux Seychelles, sans aide ni compensation.
Sur Diego Garcia habitent aujourd'hui une majorité de soldats américains, des civils et une cinquantaine de Britanniques.
Si les Chagossiens ont disparus de l'archipel, ils continuent de caresser l'espoir de le regagner un jour. Ils ont donc vivement critiqué le projet britannique, accusant le Royaume-Uni de se servir de la cause écolo pour empêcher leur retour sur l'île et ont intenté une action devant la Cour européenne des Droits de l'Homme. Si protection de l'environnement et respect des droits de l'homme vont le plus souvent de pair, le projet des îles Chagos semble faire exception à cette règle. La création de cette réserve naturelle maritime alimente une vive controverse et a également provoqué la colère de l'île Maurice, qui revendique la souveraineté sur l'archipel. Le pays voit lui aussi d'un mauvais œil ce projet de réserve et dénonce un ''éco-impérialisme'' de la part des Britanniques. Histoire de calmer le jeu, le Royaume-Uni a confirmé son engagement à céder l'archipel à l'île Maurice lorsqu'il ne sera plus utilisé pour les besoins de la défense. Une promesse qui s'avère pour le moins floue mais qui permet toutefois au premier ministre Gordon Brown de redorer son blason écolo mis à mal par le programme de relance du nucléaire civil.

                Anne-Laurence MAZENQ, pour la Rédaction.



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