Parmi les pollutions que subissent les eaux de nos rivières, celles générées par les médicaments que nous consommons restent sous estimées. C'est en tout cas l'avis de médecins et de chercheurs qui, à la lueur d'analyses récentes, lancent une mise en garde. Nos cours d'eau charrient des résidus de produits pharmaceutiques qui ne sont pas sans risque pour l'environnement. Des risques certains pour la faune et la flore aquatique… Des risques plus que probables pour l'humain.
C'est dans le numéro du mois de Juin de la
revue médicale « Prescrire », que ces experts sonnent l'alerte. Des analyses effectuées par des biologistes dans les estuaires de la Seine, de la Gironde, de la Loire et de l'Adour montrent la présence de molécules pharmaceutiques dans d'inquiétantes concentrations. Paracétamol, antidépresseurs, pilules contraceptives et autre médicament anticancéreux forment le cocktail principal des résidus déversés.
Ces sont les eaux usées rejetées par nos stations d'épuration qui seraient la cause de ces pollutions. Ces stations ne sont pas conçues pour éliminer totalement les médicaments.
Certaines molécules deviendraient même plus actives après avoir été traitées. Plusieurs milliers de tonnes de substances pharmaceutiques à usage humain ou vétérinaire sont utilisées chaque année dans le monde. Une fois consommées, ces substances sont éliminées par voie fécale ou urinaire, parfois sous une forme active. Or, il n'existe pas actuellement dans le monde de réglementation concernant les niveaux de concentration des médicaments ou de leurs résidus dans l'environnement. Et la réglementation sur le traitement des eaux n'a jamais prévu ce problème non plus.
Les stations d'épuration n'ont donc pas été conçues pour les éliminer totalement. Or les hôpitaux rejettent quotidiennement des tonnes d'eau souillées, et les consommateurs que nous sommes jettent régulièrement dans les cuvettes des WC quantité de médicaments périmés. Ajouté à cela les antibiotiques utilisés pour les animaux d'élevages, et l'on comprend mieux la concentration importante de la contamination. Enfin certains modes d'élimination des médicaments inutilisés entraînent une pollution des eaux de surface et souterraines.
L'étude publiée démontre que les effets sur l'environnement sont palpables. Les substances pharmaceutiques sont présentes dans la Seine et le Rhône et sont responsables d'effets biologiques sur certaines espèces aquatiques, notamment la féminisation des poissons mâles.
Les effets sur l'homme restent pour l'instant inconnus, mais cette pollution pourrait expliquer les nouvelles résistances à certains antibiotiques qui se retrouvent de plus en plus dans la nature et deviennent, en conséquences, de moins en moins efficaces sur l'homme.
Pour l'instant, les scientifiques n'ont effectué des mesures que dans le milieu naturel. L'eau du robinet, elle, n'a pas encore été étudiée avec précision. Il faut espérer que les usines d'eau potable soient plus efficaces que les stations d'épuration. Cependant,
les auteurs soulignent les incertitudes existantes sur l'activité biologique qui peut persistée des dérivés chlorés des médicaments en sorties des usines de traitement.
Ces pollutions médicamenteuses sont prises très au sérieux par l'Académie de Pharmacie qui vient de mettre en place un groupe de travail chargé de rendre des recommandations d'ici la fin de l'année sur les mesures à prendre. Mais l'évaluation des risques écologiques et sanitaires s'annonce longue et complexe.
Il faut donc promouvoir dès maintenant des mesures de prévention destinées à réduire la pénétration des médicaments dans l'environnement aquatique et à améliorer leur élimination au niveau des stations d'épuration qui doivent être modernisées.
Mais dans l'immédiat, comme le préconise Hélène Budzinski, l'une des chercheuse du CNRS auteur d'une étude sur le sujet, l'idéal serait de supprimer la pollution à la source.
L'industrie pharmaceutique, les professionnels de santé, les consommateurs, et toutes les filières de recueil et de traitement des eaux et des déchets doivent donc travailler de concert à
l'élimination de ces polluants au plus près de leur origine. Cette présence de médicaments dans les eaux douces en France est une excellente raison pour que pharmaciens et patients jouent à fond la carte du retour systématique des médicaments non utilisés en officine, en vue de leur incinération.
Il ne s'agit pas d'arrêter de se soigner, mais de consommer moins de médicaments inutiles. Ce serait bon non seulement pour la Sécurité sociale, mais aussi pour l'environnement.
LE SITE DE LA REVUE PRESCIRE
Philippe BOURY, pour la Rédaction.