
A la cathédrale, le tympan du portail dit du «
Jugement Dernier » qui porte la signature de son sculpteur, présente Enoch, Elie, Marie et l'ange annonciateur, le Paradis, saint Michel pesant les âmes malgré les efforts du diable à inverser la tendance, des démons et le palais du Léviathan, symbole de l'enfer, les élus levant les yeux vers le Christ dans sa mandorle ovale, les réprouvés portant l'origine de leur malheur : la bourse pour les avares et le tonneau pour les ivrognes.
Il y a également, cette imposante paire de mains qui, comme des tenailles géantes, extraient de sa tombe un ressuscité terrorisé.
A la voussure supérieure, on voit les douze signes du zodiaque et les travaux des mois : en janvier, on rentre les fagots, en décembre, on tue le gros et gras cochon…
Le «
Jugement Dernier » montre les damnés et leur compréhensible angoisse face au destin qui les attend. Ils sont nus et traînent la jambe. Mais, dans ce cortège, deux pêcheurs sont habillés : l'un porte la besace où l'on distingue la croix de la Terre Sainte, l'autre la coquille de Saint-Jacques-de-Compostelle. Eux, ils vont d'un bon pas, le visage illuminé : leur pèlerinage les replace parmi les élus !
A l'intérieur, un chapiteau interpelle le visiteur : celui du combat d'un pygmée et d'une grue. La première réflexion qui m'est venue à l'esprit : il est étonnant que les imagiers du Moyen Âge puissent avoir connaissance de l'existence de ces populations nomades africaines perdues au fin fond de la forêt équatoriale. La réponse vint à Autun-même : « Cette histoire trouve ses racines dans la Haute Antiquité avec «
L'Illiade » d'Homère, histoire reprise bien plus tard par Rabelais et Boileau. »
La grue est un animal mythologique au symbolisme avéré. Pour les Egyptiens, elle allait combattre, aux sources du Nil, les pygmées, «
sortes de petits hommes montés sur de petits chevaux, et qui habitent les cavernes », selon Aristote.
Les Grecs, eux, dirent que les grues mettaient un caillou dans leur bec lorsqu'elles traversaient le Mont Taurus afin de s'obliger à rester muettes et, de la sorte, éviter d'éveiller l'attention des rapaces, tels les aigles.
La grue aurait aussi dévoilé à Palamède, personnage apparaissant dans la «
Guerre de Troie » d'Homère, plusieurs caractères de l'alphabet, tels les V et Y à cause de leur disposition durant leurs vols. D'où, le nom «
d'oiseau de Palamède » parfois donné à la grue.
Pierre Guelff, auteur des deux ouvrages « France Mystérieuse, Insolite et Sacrée » aux Editions Jourdan en collaboration avec les PUF et UD-Flammarion.
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Pierre GUELFF, pour la Rédaction.