Les plantes absorbent le CO2 et le transforment, par photosynthèse, en matière organique. Mais les plantes, comme les animaux, respirent, c'est-à-dire utilisent l'oxygène atmosphérique pour transformer la matière en énergie, et ainsi rejettent du CO2. Qu'il fasse jour ou nuit, que ce soit le printemps ou l'automne, le bilan de la photosynthèse et de la respiration en terme d'échange de CO2 sera différent. |
C'est ce bilan saisonnier qu'une équipe internationale, menée par Shilong Piao, du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement de Versailles [1], a étudié, montrant ainsi que le réchauffement de la planète provoquait un déséquilibre en faveur du rejet de gaz carbonique par les forêts de l'hémisphère nord. L'équipe de chercheurs a analysé de longues séries de données collectées sur des Tours à flux de CO2 (cf. photo) installées dans des forêts boréales, et a utilisé un modèle numérique nommé Orchidée, permettant de simuler la réponse des écosystèmes aux variations du climat. Ces mesures, effectuées sur le long terme, ont ainsi permis de dégager des tendances qui ont fait l'objet d'un article dans la revue Nature du 3 janvier dernier. Les résultats de l'étude suggèrent ainsi que si le climat se réchauffe plus en automne qu'au printemps, les puits de carbone que forment la végétation et les sols seront affaiblis. En effet, si des températures plus chaudes en automne favorisent la fixation du carbone par les plantes par photosynthèse, permettant ainsi à la végétation de rester verte plus longtemps dans la saison, elles augmentent de façon plus importante encore leur respiration et celle des sols, ce qui entraîne un rejet plus important de CO2. |

Ce travail permet de mettre en évidence comment un phénomène peut s'autoalimenter. Autrement dit, comment le réchauffement climatique, qui a été initié par l'activité humaine, joue sur les cycles du carbone en les déplaçant vers plus de CO2 atmosphérique, et ainsi plus d'effet de serre. Les forêts, comme les masses d'eau océaniques, sont des puits à carbone. Des puits qui ne demandent, à la faveur de changements de conditions physicochimiques, qu'à devenir des sources, provoquant un emballement irréversible du phénomène. Alors que faire ? L'économie mondiale est dépendante du pétrole. Il est illusoire de croire que l'on pourra réduire suffisamment nos rejets de gaz à effet de serre pour arrêter ce processus. Peut-être que la crise pétrolière qui se profile à l'horizon nous y obligera, mais les conséquences économiques mondiales qui y seront associées, seront dramatiques. Photo : Tour à flux de Puechabon (Hérault) - Copyright O. FRIGOUT Tout droit réservé [1] Le LSCE (CEA, CNRS, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines), à Saclay, est un des laboratoires de l'Institut Pierre Simon Laplace (IPSL) Sources : CNRS olivier, pour la Rédaction. |