
Henri Vincenot : «
En pas seulement vingt ans, les moines ont asséché les marais et les marécages de Cîteaux, drainé breuils et guérets, essarté, défoncé, labouré et chassé les fièvres. La meilleure façon de valoriser une terre, c'est d'y planter un moine (photo). »
D'autres auteurs, tels Gilbert Altenbach et Boune Legrais, ont également une approche peu classique de ce site prestigieux : «
Cîteaux (Cistercium en latin, d'où le mot « Cisterciens »), qui compte parmi les plus prestigieux hauts lieux de l'Occident, au même titre que Cluny, reste une des rares abbayes pourvue de son pouvoir alchimique. »
Ce fut en mars 1098 que l'abbé de Molesmes vint s'établir dans la forêt de Cîteaux. L'Ordre des Cisterciens allait y rayonner de manière fulgurante grâce à Bernard qui s'y présenta avec ses amis.
C'est en 1090 au château de Fontaines, non loin de Dijon, qu'est né un certain Bernard. Fils du chevalier Tescelin et d'Aleth de Montbard, liée aux ducs de Bourgogne, Bernard fut le troisième enfant d'une famille qui en compta sept au total. «
Quand j'étais enceinte, j'ai rêvé que Bernard deviendrait moine… » déclara la mère.
Ses frères étaient de preux chevaliers au service du duc de Bourgogne et tentèrent de l'enrôler : «
Je ne désire pas faire la guerre, je veux devenir moine. Pour moi, un moine est un soldat de Dieu qui lutte non contre ses semblables, mais contre les esprits pervers. Les moines font partie de la milice de Dieu. Je suis persuadé que Cîteaux est la bonne voie. Un monastère n'est-il pas l'image du paradis ? »
Petit à petit, il parvint à convaincre ses frères, cousins et amis de le suivre dans cette voie monastique. A la fête de Pâques 1112, ils furent trente à se présenter au frère portier de Cîteaux !
En 1115, malgré une santé fragile, Bernard fut choisi avec ses frères et quelques autres moines pour fonder un nouveau monastère. Ils jetèrent leur dévolu sur une vallée profonde : Clairvaux en Champagne était né !
Une naissance suivie d'une fulgurante propagation de son idéal à travers toute l'Europe et même au-delà.
Homme écouté et craint, ses interventions étaient brillantes et décisives à maints égards, il réalisa des miracles, inspira une architecture sacrée faite de dépouillement, combattit le luxe de l'Eglise, refusa les dignités, fut à la base de la Règle des Templiers, fit arrêter les massacres de Juifs en Allemagne faisant dire à certains parmi eux : «
Si Dieu n'avait pas suscité ce Juste, nous aurions tous péri. »
Faits moins heureux : il prêcha la deuxième croisade, lutta contre les Cathares et fit condamner la doctrine d'Abélard, l'un des plus grands esprits de son temps.
Lorsque Bernard décéda en 1153, l'Ordre des Cisterciens comptait 700 moines et près de 350 abbayes lui étaient rattachées.
A Cîteaux, il reste de rares vestiges de l'abbaye primitive mais, heureusement, l'endroit est resté riche en énergies bénéfiques à l'harmonie et puissante de vibrations dégagées par un égrégore exceptionnel.
Une aura de spiritualité y règne et «
permet d'accéder à des niveaux de conscience supérieurs en toute liberté ».
A la Révolution, les moines en furent chassés et les lieux transformés, successivement, en sucrerie, association de production, colonie pénitentiaire agricole pour jeunes délinquants…
Les moines réintégrèrent les lieux en 1898 et, aujourd'hui, entre offices et chants grégoriens, ils produisent et font commerce de fromages, de caramels, de poterie, d'icônes, de bonbons au miel…
Pierre Guelff, auteur de "France mystérieuse, insolite et sacrée", deux tomes, Groupe Editions Jourdan-L'Arbre.
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Pierre GUELFF, pour la Rédaction.