
Je vous propose un voyage dans un des lieux les plus authentiques en France, au travers d'un ouvrage magnifique,
« Un dernier berger », édité aux Editions du Rouergue. Un voyage sur une terre que j'affectionne tout particulièrement et où j'ai la chance de pouvoir me ressourcer, comme bon nombre de citadins en mal de repères.
Le Causse Méjean est un plateau calcaire situé à l'Ouest de
Florac, en Lozère, et dont les contours ont été façonnés par deux rivières vivantes, le Tarn et la Jonte. Les gorges abruptes que des millions d'années ont tracées abritent, en plus de touristes l'été, des centaines de vautours, dont j'ai déjà eu l'occasion de vous parler. Cette terre calcaire parcourues de collines à près de mille mètres d'altitude est pauvre et aride. L'eau s'infiltre inexorablement dans les sols, donnant aux paysages un aspect rude et désertique. Et pourtant, on sent la vie présente, sauvage et vigoureuse, à l'image de la lavande sauvage ou encore des étendues de cheveux d'ange qui donnent à la fin du printemps à la nature une identité propre. Ici, sans climatisation ni chauffage central, l'été et l'hiver appartiennent à ceux qui sont encore en harmonie avec la nature, comme
Christian AVESQUE, le dernier berger du Causse Méjean.
A 71 ans, il est le dernier à mener les troupeaux pour un éleveur. Avec le temps et l'avènement des clôtures, le métier a disparu, les propriétaires de bêtes se passant des services de ces femmes et ces hommes qui courraient la campagne en quête de la meilleure provende pour les brebis. Profondément enraciné dans cette terre caussenarde, il en est le meilleur ambassadeur. Il est aussi, à force de s'y fondre, le plus lucide défenseur d'une nature encore préservée, où faune sauvage et flore exceptionnelle exultent malgré un climat rigoureux. Sécheresse estivale, neige et vents glacés hivernaux se succèdent avec pour seuls répits, quelques semaines favorables à la montée et descente de sève en mai et octobre.
Mais malmenée la nature n'en est que plus belle. C'est elle et son locataire que
Renaud DENGREVILLE a photographié, dans une lumière époustouflante, au gré des saisons et des tâches, mettant en perspective les paysages qu'offrent un Causse aux multiples visages et multiples habitants. Vautours bien sûr, mais alouettes et grives, cervidés, rossignols, chouettes, faucon pèlerins, donnent à ces lieux une force indescriptible. Et pourtant,
Colette GOUVION a su retranscrire cette ambiance et surtout, l'état d'esprit de ce dernier berger. Issu et forgé par cette terre, il n'en est pas moins homme libre. Libre de penser à contre courant des traditions, je cite :
« Sur le Causse, tout le monde chasse. Mes frères aussi. Moi, je suis contre la chasse. Tuer pour le plaisir, même pas pour se nourrir, comme aux temps passés, ça rime à quoi ? On me parle de la régulation des espèces. Pour réguler, il aurait suffit de garder l'équilibre et de ne pas détruire les prédateurs. Prenez par exemple le renard, que l'on traque en oubliant qu'il détruit des milliers de rongeurs, à peine au détriment de quelques poules. Sa population augmente ? C'est qu'à par l'Homme, il y avait deux prédateurs, le loup et le lynx. Ils ont été éliminés. » Et d'ajouter plus loin,
« Moi, je verrais d'un bon œil le retour des loups. » « Le dernier berger du Causse », de Renaud DENGREVILLE et Colette GOUVION, aux Editions du Rouergue, est à découvrir dans les meilleures librairies. Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.