Des grands lacs artificiels, des jardins, des fontaines, un grand parc boisé de 680 hectares, le visage de Pékin s'est profondément mué ses dernières années pour accueillir les XXVIème Jeux Olympiques d'été. Depuis 2001, année de l'attribution de ces Jeux, la capitale chinoise s'est lancée dans de grands chantiers, aussi bien pour les infrastructures sportives que pour l'embellissement de la ville. |
C'est ainsi que la verdure s'est peu à peu appropriée les abords du village olympique et les grands axes de circulation. Si les autorités chinoises se sont engagées fermement dans la lutte contre la pollution de l'air, les plantations qui ont été nécessaires pour transformer la ville se sont faites à grands renfort de pompage des ressources en eau de la région. L'effort fait pour accueillir somptueusement les athlètes, les médias, les spectateurs et les touristes durant le mois d'août a un coût. Celui de mettre la capitale chinoise face à une probable crise de l'eau. C'est en tous cas ce que souligne un groupe canadien de protection de l'environnement, Probe International , dans un rapport qui tire la sonnette d'alarme sur la situation de l'eau à Pékin. Les experts de l'organisation non gouvernementale estiment que la ville pourrait manquer d'eau dans cinq à dix ans. Les sources d'eau souterraines fournissent les deux tiers des besoins en eau de la capitale, Depuis 2004, la ville a pompé dans ces réserves à plus d'un kilomètre de profondeur, pour faire face aux nouveaux besoins en eau. Ces sources, stockées dans des roches poreuses, étaient destinées à faire face à des situations d'urgence. Ces réserves diminuent et les deux réservoirs d'eau de la ville contiennent moins de 10% de leur capacité initiale. Et les quelques 200 cours d'eau qui alimentent la capitale sont quasiment moribonds… Cette situation est due en partie aux très faibles précipitations qu'à connu Pékin depuis 9 ans. |

La ville compte donc sur l'eau venue du ciel… Depuis le début de l'année, les pluies sont déjà au dessus de la moyenne. Mais il en faudrait bien plus pour faire remonter le niveau des nappes phréatiques. Alors pour faire face à ses besoins en eau et garantir un bon déroulement des Jeux, la municipalité de Pékin va donc chercher son eau dans les provinces environnantes. La province d'Hebei, qui fournit déjà une grande partie de son eau à Pékin, va donc subir une pression plus importante avec la construction d'un canal de diversion de 309 kilomètres pour pomper plus d'eau si cela s'avère nécessaire. Or, la province d'Hebei souffre déjà d'un manque d'eau crucial, et ses agriculteurs pâtissent déjà de cette pénurie. Pour approvisionner la ville olympique, les villageois ont du abandonner leur terres ou changer de type de cultures. Un autre projet est à l'étude pour porter de l'eau jusqu'à la capitale chinoise : la construction d'un canal pour acheminer l'eau du Yangtsé… Un projet prévu pour 2010. Mais les auteurs du rapport de Probe International notent qu'avec chaque nouveau projet qui devra pomper de l'eau ailleurs, la demande en eau ne fera qu'augmenter, et à un coût encore plus important pour l'environnement et l'économie de la Chine. Le déficit chronique en eau pourrait pousser une partie des entreprises et de la population à se délocaliser. Et certaines industries devraient sans doute cesser leurs activités. Des perspectives qui inquiètent les experts de Probe International qui prévoient, dans ces conditions, une fermeture progressive de l'économie, voire un effondrement économique. C'est donc dans ce contexte critique que s'ouvre le 8 août prochain les Jeux de la XXIXème Olympiade dans un parc de verdure qui est loin d'être pérenne. PROBE INTERNATIONAL (en anglais) philippe, pour la Rédaction. |