
Il y a quelques jours, la CIB, Commission Baleinière Internationale, était réunie à Agadir, au Maroc, pour définir la marche à suivre concernant la chasse à la baleine. Si certains pays se montraient nuancés dans leur approche de la question, une fois de plus, cette réunion mettait aux prises deux camps radicalement opposés, avec d'un côté les nations demandant l'arrêt total de cette pêche aux gros cétacés, comme l'Australie, et de l'autre le Japon, l'Islande et la Norvège, trois pays n'ayant jamais cessé cette pratique. A eux trois, ces pays ont ainsi tué environ 1500 baleines l'an passé et près de 35000 depuis 1986, année où fut adopté un moratoire international interdisant de tuer cette espèce.
Le problème, c'est que ce moratoire contient une faille dans laquelle se sont engouffrés les partisans de la chasse aux plus grands mammifères de la planète. La pêche à la baleine est en effet autorisée dans un cadre scientifique et c'est sous couvert de recherches que les Japonais continuent de chasser les cétacés aux quatre coins du globe, et même dans l'océan austral, pourtant érigé en sanctuaire par la CIB en 1994. Quant aux Finlandais et Norvégiens, ils ne se soucient même pas de présenter un pseudo intérêt scientifique, ils se contentent tout bonnement d'ignorer le moratoire.
Pour faire évoluer les choses, la présidence de la Commission Baleinière Internationale, préconisait de stopper la pêche dite "scientifique" et d'instaurer des quotas autorisant les trois nations concernées à prélever quelques centaines d'animaux chaque année, tout en maintenant officiellement le moratoire. Si l'Australie restait inflexible et exigeait l'arrêt total de cette activité, d'autres pays, dont la France, étaient plutôt favorables à cette mesure mais réclamaient des quotas moins élevés que ceux proposés et la fin de la pêche dans l'océan austral.

Totalement opposé à ce principe, le Japon se retrouve même au coeur d'une vive polémique. Le journal britannique le "Sunday Times", a ainsi publié un article dans lequel il affirme que le pays du Soleil Levant aurait corrompu plusieurs petits états membres de la Commission, afin qu'ils votent en sa faveur. De l'argent, mais aussi des billets d'avion et même des prostituées, auraient ainsi permis de convaincre certains membres de prendre position pour les Japonais. Des accusations démenties avec force par la délagation japonaise, mais qui jettent un trouble certain sur la corruption qui pourrait régner autour de l'institution chargée de protéger les cétacés.
Au final, aucune décision n'a été prise par les 88 pays composant la délégation de la CIB et les choses restent donc inchangées. La pêche scientifique va se poursuivre, l'Islande et la Norvège continueront de bafouer le moratoire impunément et les baleines seront toujours chassées, alors que l'on ne connaît même pas précisément l'état de leurs populations. Les intérêts économiques, la viande de baleine pouvant se vendre jusqu'à 180 euros le kilo, continuent donc de primer sur la préservation des espèces. Mais est-ce vraiment une surprise?
Vincent Armillon, pour la Rédaction.