
Le réchauffement climatique prend une forme tangible avec l'augmentation du niveau des mers. Selon les différentes hypothèses, l'avancée des océans sur nos côtes sera plus ou moins importante et rapide. Quels sont les 2 facteurs principaux qui participent à ce débordement prévisible?
Le premier facteur est la simple dilatation de l'eau sous l'effet de la chaleur. Les océans sont constitués d'eau chaude, en surface, et d'eau froide, en profondeur. La limite entre les deux, appelée thermocline, se situe à environ 1 km de profondeur. Il y a donc une couche d'eau d'une épaisseur d'1 km susceptible de gonfler sous l'effet de l'augmentation de sa température. On peut calculer qu'une
augmentation de 0,6 °C de cette épaisseur d'eau conduit à une
hausse du niveau des mers d'environ 15 cm [1]. C'est environ ce qui a été observé depuis un siècle.
Ceci montre que durant ce même siècle, la fonte des glaciers n'a eu, jusqu'alors, qu'un effet négligeable. C'est particulièrement vrai pour les glaciers de montagnes,
ça l'est moins pour les calottes du Groenland et de l'Antarctique. La fonte des glaciers est donc le 2ème facteur. Contrairement à la banquise arctique, qui n'est rien d'autre qu'un gros glaçon flottant, les masses de glace présentes sur les continents vont, en fondant, libérer des icebergs et augmenter le niveau des mers. Au Groenland, le glacier
Illulissat a vu sa vitesse de fonte
doubler en dix ans, ce qui lui permet d'avancer 2 fois plus vite vers la mer. Aujourd'hui, il rejette chaque année en mer 50 km3 de glace, contre 27 en 1996. Résultat, les glaciers du Groenland contribuent aujourd'hui à 15% de la montée des océans, une contribution qui devrait augmenter.

Tout confondu, les estimations actuelles évaluent à 1 m la hausse du niveau des mers d'ici à 2100, à condition que la température moyenne du globe n'augmente pas de plus de 2°C.
De l'autre côté de la planète, l'antarctique laisse perplexes bon nombre de chercheurs. En particulier les
ice-shelves, qui sont les endroits où le glacier continental repose non pas sur la terre mais sur l'océan. Ce type de plates-formes peut atteindre plusieurs centaines de mètres d'épaisseur et plusieurs centaines de kilomètres de large.
L'Iceshelf Antarctique Ouest par exemple, comprend à peu près 10 % du volume de la calotte glaciaire Antarctique [2]. Déstabilisé par la hausse des températures, il pourrait se détacher et glisser dans l'océan, provoquant une hausse additionnelle [3] du niveau des mers de
5 à 6 mètres.

Rassurez-vous, il ne chutera pas comme un vulgaire glaçon dans votre verre, mais devrait glisser progressivement sur un siècle, et nous laisser le temps de nous organiser.
Cet exemple montre combien l'incertitude prédomine dans la prospective des effets à court et moyen termes du réchauffement climatique sur le niveau des mers. Une chose est sûre, investir près des côtes n'est pas forcément une excellente idée, d'autant que cela ne participe pas à la protection du littoral. [1] Pour les matheux : Coefficient de dilatation de l'eau : 2,6 x 10
-4 °C
-1 1 km ou 10
5 cm
10
5 x 2,6 x 10
-4 x 0,6 = 15,6 cm
[2] La calotte glaciaire Antarctique regroupe 90 % de la glace présente sur la surface du globe et représente un volume de 30 millions de kilomètres carrés. La fonte totale de cette glace provoquerait une hausse de quelques 70 mètres de la surface des mers et des océans...
[3] À échéance de 2100, et indépendamment de la rupture de l'ice-shelf Antarctique Ouest, les scientifiques prévoient une élévation d'un mètre du niveau des océans à cause du réchauffement de la planète.
Sources :
Quelles stratégies d’adaptation face à l’élévation du niveau des mers ?
Ecole Normale Supérieur de Lyon
Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.