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Maïs Monsanto 810 : quand le profit dénature la recherche. - Publiée le 19-03-2008

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LA CHRONIQUE
Cette semaine, je reviens sur l'actualité documentaire, dominée par le film de Marie-Monique Robin, « Le Monde selon Monsanto », pour vous proposer, au travers d'un exemple, de mieux comprendre pourquoi et comment le passage de la biotechnologie OGM des laboratoires de recherche à l'industrie, a conduit à ce qui pourrait constituer une catastrophe écologique sans précédent.


Parmi les semences OGM de la firme américaine, nous allons prendre le cas du Maïs Monsanto 810 dit « insecticide ».

Il existe dans la nature une bactérie, Bacillus thuringiensis, dont la particularité est de produire des toxines qui tuent les insectes ravageurs. Ingérées par les Lépidoptères et autres Diptères, puis activées dans leur intestin, ces toxines sont cependant sans danger pour les autres espèces d'insectes et les vertébrés, abeilles, vaches et hommes compris. [1]
Cet insecticide naturel, particulièrement spécifique, est d'ailleurs utilisé en agriculture biologique.
L'idée de construire une plante capable de produire elle-même cet insecticide naturel ne semblait donc pas absurde. Mais trois conditions devaient être impérativement réunies :
la plante devait produire la forme inactive d'une des toxines, pour conserver sa spécificité d'action et son inocuité sur les vertébrés, il convenait de contrôler l'expression du gène introduit, pour éviter une trop grande quantité de toxines dans la plante, et enfin, il fallait trouver le moyen d'éviter la propagation de ce gène aux espèces sauvages.
Ces conditions, nécessitant des travaux de recherche coûteux et longs, étaient incompatibles avec deux objectifs industriels de Monsanto : rentabiliser au plus vite les investissements de recherche et développement, et prendre le contrôle du marché des semences par des dépôts de brevets.

Première conséquence, la protéine produite par le gène inséré n'est pas la forme inactive mais la forme active, toxique pour tous les insectes et même les vertébrés, dont l'homme.

Deuxième conséquence, la teneur en toxine est 1500 à 3000 fois plus élevée que ce qui est nécessaire, et la photodégradation de la molécule est très diminuée. La toxine s'accumule dans le sol, est lessivée par les pluies et rejoint les nappes phréatiques.



Enfin, le gène introduit est susceptible de se propager dans des espèces naturelles ou anciennes, ou encore de sélectionner des résistances chez les insectes, [2] rendant caduque l'utilisation de la toxine naturelle en agriculture bio et modifiant profondément les équilibres auxquelles Bacillus thuringiensis participent.

Résultat, les champs cultivés avec le maïs Monsanto 810 connaissent une mortalité très importante chez les différents groupes d'insectes, même les pollinisateurs, pourtant indispensable à l'agriculture et à l'arboriculture fruitière, et sont susceptibles de laisser s'échapper ce gène agressif dans la nature.

Les OGM restent une avancée scientifique majeure, mais leur confiscation par une firme dont la priorité n'est pas la sécurité sanitaire est un vrai danger. Des laboratoires de recherche publics, où toutes les questions qui se posent aujourd'hui étaient débattues, à ceux des industriels des semences, l'essentiel est passé à la trappe, à savoir la maîtrise de l'expression des gènes, et cela constitue les fondations de nos ennuis à venir.

[1] C'est le pH gastrique qui détermine si la toxine va être activiée ou non, la rendant ainsi spécifique à certains insectes.

[2] La stratégie dite Haute Dose Refuge, dont l'objectif est d'éviter la sélection et la propagation d'insectes résistants a été récemment remise en cause en terme d'efficacité.

Lire la chronique du 5 juin 2006 consacrée à cette stratégie HDR
Sources : Lilian Ceballos. Cultures transgéniques Bt et abeilles.

                olivier, pour la Rédaction.


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seb110 a écrit : Conséquences sur les abeilles : Une plante produit une substance insecticide. Une abeille la butine. Elle est suffisamment intelligente pour faire le tri entre les molécules inoffensives et les molécules insecticides. Heu... Non. Elle est suffisamment écartée des cellules qui contiennent de l'insecticide pour ne pas en être affectée. Enfin, vous comprenez, y'a quelque chose de tout à fait naturel et opportun qui permet d'éviter que l'abeille soit touchée par l'insecticide. On ne sait pas quoi mais on ne peut pas tout comprendre. Si quelqu'un sait, merci de nous l'expliquer. Les apiculteurs seront heureux de savoir. Ils n'auront plus qu'à chercher ailleurs les causes mystérieuses de la mortalité de leurs abeilles. Ce texte est modifiable par tous les internautes sur l'encyclopédie ISSUEPEDIA http://fr.issuepedia.org/Les_OGM

Olivier a écrit : Bonjour seb110.La toxine Bt est naturellement secrétée par le bacille sous sa forme innactive. Ce sont ensuite les condition de pH, entre autres qui vont activer la toxine. Ce sont ces conditions qui rendent cette toxine spécifique à certains insectes, la rendant innofensive pour les abeilles par exemple, car leur l'environnement digestif est différent de celui les insectes ravageurs de stock comme les lépidoptères et les diptères. Le problème du MON810 est qu'il produit la toxine sous sa forme active, ce qui le rend non spécifique, et donc dangereux pour tous les insectes.La nature est précise et répond à la nécessité d'équilibres. Si nous voulons la mimer, respectons également ces équilibres.



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