
Les bénéfices record de Total en 2008 avec 14 milliards d'euros, ne nous convaincront pas du contraire : le pétrole est une bénédiction pour les pays détenteurs de cette ressource. Mais est-ce vrai pour tous ces pays ? Que cache les contrats entre certains pays et les sociétés qui, comme Total, exploitent les gisements ? Quel rôle joue l'OPEP, quel double-jeu, quelle est la stratégie de l'Arabie Saoudite, dont les réserves sont considérables ? Autant de questions fondamentales auxquelles
Thomas Porcher, docteur en économie, consultant international et enseignant à l'Université Paris I et V, répond sans détour dans un livre paru chez
Respublica et intitulé
« un baril de pétrole contre 100 mensonges ». Cet ouvrage nous ouvre les portes d'un monde opaque, celui d'une ressource convoitée, dont les ressorts, pourtant prévisibles, semblent mal connus de certains spécialistes.
Thomas Porcher, avec rigueur, démonte les mécanismes qui permettent aux sociétés pétrolières d'obtenir au prix le plus bas les concessions d'exploitation, et montre comment elle tirent la plus grande part de la rente pétrolière à leur profit, dans les pays en voie de développement qui n'appartiennent pas à l'OPEP. L'auteur prend l'exemple de la
République Démocratique du Congo pour montrer que, contrairement à ce qui est communément acquis, la flambée du pétrole ne profite que très peu à ces pays obligés de faire appel à des opérateurs étrangers pour exploiter leurs ressources.
Il démontre ainsi que la plus grande partie de la production d'un pays comme le Congo lui échappe, par des mécanismes aussi douteux qu'un coût d'exploitation variable, fixé à 50% du prix du baril, et que ce qui lui revient lui est racheté à des prix ne reflétant pas les cours réels.
Ces mécanismes ont fait perdre plus de 500 millions de dollars au Congo en 2004, soit 20 fois l'aide au développement qu'il a reçu la même année pour lutter contre la pauvreté. Mais l'auteur ne s'arrête pas là, il éclaire aussi le lecteur sur le rôle de l'OPEP dans les crises pétrolières successives, et sur ce qu'il présente comme la stratégie à moyen terme de ce cartel de pays producteurs, Arabie Saoudite en tête : pousser les pays non OPEP à épuiser leurs ressources pour construire un monopole d'approvisionnement, synonyme de puissance économique et politique majeure. Il démontre comment ce cartel se défend de ne pouvoir faire baisser le prix du baril, laissant l'Occident pousser les opérateurs à extraire davantage de pétrole de leurs concessions dans les pays non OPEP, un prix élevé du baril rendant certains gisements économiquement exploitables.
On peut s'étonner, à la lecture des 200 pages de ce brûlot aux vapeurs nauséabondes, que si peu d'experts ne soient plus clairvoyants, et que nos Etats soient si peu enclin à nous défaire de cette dépendance énergétique.
L'OPEP régule ainsi les cours pour à la fois encourager l'exploitation des pays non OPEP et nous décourager de tout sevrage au pétrole. De cette étude détaillée et chiffrée, Thomas Porcher tire une projection à 40 ans, nous proposant une ébauche de ce que pourrait être le monde, économiquement, sociologiquement et géopolitiquement, à l'horizon 2050, si l'OPEP atteint ses objectifs et que nous ne mettons pas très vite en œuvre une politique de développement d'alternatives énergétiques.
Il décrit un Monde tourmenté et au bord d'une troisième guerre mondiale, à la merci des intégrismes et miné de famines. Un Monde qui nous est promis si nous ne changeons rien. Un baril de pétrole contre 100 mensonges, de Thomas Porcher, édité par Respublica, est disponible dans toutes les bonnes librairies. Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.