
«
Patrie des Seigneurs de Lusignan, rois de Chypre, de Jérusalem et d'Arménie. Berceau de la Fée Mélusine, Lusignan se dresse sur un promontoire rocheux dominant la Vallée de la Vonne », telle est la présentation donnée par la mairie locale à sa «
Cité Mélusine ».
Mélusine fut maudite par sa propre mère et condamnée à avoir chaque samedi le corps transformé en queue de serpent à partir du nombril. Une sorte de sirène reptilienne, en somme !
Ceci ne l'empêcha pas de rencontrer un certain Raymondin et elle accepta leur union à une condition : «
Vous devez renoncer à me voir le samedi ».
L'homme consentit à ce mariage, devint le plus puissant seigneur du Poitou et le couple eut dix garçons.
Mais, Raymondin, taraudé par la suspicion et la jalousie, persuadé d'être trompé, transgressa l'interdit réclamé par son épouse et la regarda prendre son bain à moitié serpente.
Le secret fut donc dévoilé et Mélusine se transforma sur-le-champ en dragon, qui survola les tours du château de Lusignan avant de disparaître à tout jamais.
A l'association «
Les Lusignan et Mélusine », sur un texte de Christine Bonnet, la légende est quelque peu peaufinée.
Elinas, le roi d'Ecosse, se promenait dans la forêt et rencontra une très jolie femme, qui lui était inconnue.
Elle s'appelait Pressine, était fée et le monarque en tomba éperdument amoureux. La belle accepta à une condition : ne jamais être vue de lui durant ses couches. Le roi accepta cette condition et le bonheur s'installa dans le couple.
Hélas, il trahit son serment et Pressine le quitta aussitôt et regagna l'île d'Avalon avec leurs trois filles, Mélusine, Mélior et Palestine.
Devenues adultes, les trois sœurs apprirent la trahison de leur père et pour venger leur mère, elles enfermèrent Elinas au centre d'une immense montagne, celle de Brumborenlion.
Pressine découvrit ce manège et punit ses trois filles.
Mélusine fut condamnée à se transformer en serpente «
du nombril en aval » tous les samedis. Cependant, une condition devait alléger cette sentence atroce : «
Tu pourras échapper à ce sort à la condition qu'un homme accepte de t'épouser sans jamais chercher à te voir le samedi. »
Les punitions aux deux autres sœurs furent : Mélior devait garder toute son existence un épervier dans un château d'Arménie, en d'autres termes, elle était cloîtrée jusqu'à la fin de sa vie, quant à Palestine, elle fut enfermée avec le trésor de son père dans le Mont Canigou, jusqu'à ce qu'un chevalier puisse la délivrer.
Durant ce temps, un jeune homme, Raymondin, vivant à la cour de son oncle le Comte Aymeri de Poitiers, s'apprêtait à vivre un destin peu ordinaire.
Ainsi, il tua accidentellement son oncle lors d'une partie de chasse. Etrangement, le comte, juste avant de mourir, eut la vision que le vassal qui tuerait son suzerain serait le fondateur d'un lignage fantastique.
Désemparé, Raymondin erra dans la Forêt de Coulombiers, plus précisément à la Fontaine de la Soif, et il y rencontra une jeune fille d'une extrême beauté : «
J'accepte de devenir ta femme, je t'offre la richesse et la prospérité à la seule condition que tu ne cherches jamais à me voir le samedi. »
Raymondin accepta et il régna sur la forteresse de Lusignan et d'autres châteaux construits par sa fabuleuse Mélusine.
Le couple eut dix enfants, mais huit d'entre eux furent affligés d'une tare, comme un rappel de l'union d'un être humain «
normal » avec un être «
fantastique » :
- Urien, l'aîné, avait le visage court et large, de très grandes oreilles, un œil rouge…, il devint roi de Chypre.
- Eudes, roi d'Arménie, avait une oreille plus grande que l'autre.
- Guyon, un œil plus haut que l'autre.
- Antoine, duc de Luxembourg, portait sur une joue une patte de lion.
- Renaud n'avait qu'un œil, ce qui ne l'empêcha pas de devenir roi de Bohème.
- Fromont présentait une tache velue sur le nez et se fit moine.
- Geoffroy avait une dent de sanglier et, à la mort de son père, le remplaça comme seigneur de Lusignan.
- Horrible, qui portait bien son nom, avait trois yeux !
Seuls, Thierry et Raymonnet, les deux derniers nés, semblaient physiquement normaux. Le premier devint seigneur de Parthenay et le second comte de Forez.
Et Horrible ? Il ne s'intégra pas à la société des hommes et fut tué sur ordre de sa mère !
Et Raymondin ? Malgré les tares de huit de ses enfants, il était heureux puisqu'il possédait une jolie femme, la puissance, la richesse…
Jusqu'au jour, où il transgressa l'interdit édicté par Mélusine.
Effectivement, le frère de Raymondin lui dit qu'elle devait le tromper ou avoir des rituels sataniques pour l'empêcher de la voir tous les samedis.
Il pratiqua un trou dans le mur et vit son épouse prendre un bain à moitié serpente !
Il garda le silence pour ne pas la perdre, mais, apprenant que Geoffroy avait brûlé l'abbaye de Maillezais et, de le sorte, attenté à la vie de son frère Fromont qui y était moine, donc que ses dix enfants étaient maudits, Raymondin se mit à maudire Mélusine.
Il l'accusa même publiquement d'être une «
fausse serpente » ! Le secret dévoilé, il ne restait plus à Mélusine qu'à regagner l'«
Autre Monde ».
Pour ce faire, elle fut transformée en dragon, s'envola avec le souvenir d'une vie humaine relativement courte mais heureuse.
Elle ne revint plus jamais à Lusignan et, termine l'auteur Christine Bonnet, «
déchirant l'éternité, son cri annoncera la mort. »
Pierre Guelff, auteur des deux tomes « France mystérieuse, insolite et sacrée » aux Editions Jourdan.
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Pierre GUELFF, pour la Rédaction.