
Il est des vérités révélées et radotées que médias et grand public sont priés d'admettre, voire de reprendre à leur compte, et qui forgent des certitudes ou postulats sur lesquels se construisent des contrevérités.
C'est sur ces expressions mille fois entendues que
Corinne LEPAGE et Jean-François BOUVET ont construit leur ouvrage,
« Sans le nucléaire, on s'éclairerait à la bougie ! », publié aux Editions du Seuil, et dans lequel ils montrent comment les lobbies industriels usent habilement de ces arguments douteux pour asseoir leur pouvoir et défendre leurs positions.
"Sans le nucléaire, on s'éclairerait à la bougie" donc, mais aussi
"sans les OGM, la planète va mourir de faim",
"les pesticides sont indispensables à l'agriculture", ou encore
"le principe de précaution entrave le progrès",
"protéger l'environnement est un luxe de pays riches", ces affirmations participent bien souvent à fustiger ceux qui n'acceptent pas le progrès à tout prix, et notamment lorsque les intérêts des entreprises prennent le pas sur le bon sens et la protection des populations.
Car ce qui est arrivé de pire en ce début de 20ème siècle, c'est bien que la science soit tombée aux mains des industriels.
Le savoir est devenu savoir-faire et la
science a muté en technoscience, illustrant le resserrement des liens entre recherche et investissement.
Comme le rappelle
Jean-François BOUVET dans son avant-propos ce livre n'a pas pour objet de nier l'intérêt des avancées technoscientifiques, mais bien de fustiger les dérives d'un discours pseudo-scientifique qui est à la science ce que l'intégrisme est à la religion.
Et de rappeler combien il est dangereux d'abandonner aux seuls industriels le pouvoir de décider si oui ou non, telle ou telle technologie est favorable à l'humanité, au risque que cette évaluation soit pondérée par le retour sur investissement qu'elle peut générer.
Car ne nous leurrons pas, il y a longtemps que les intérêts particuliers l'ont emporté sur l'intérêt général,
OGM, WIFI, téléphonie mobile ou encore pesticides ont convaincu les politiques et les industriels avant de convaincre les scientifiques, inondant notre quotidien de technologies dont l'innocuité ou les risques
se révèleront à l'usage et non comme un préalable à leur développement.
Les aphorismes ainsi décryptés dans cet ouvrage sont les instruments d'une politique de désinformation du public qui, associée à l'affaiblissement constant des moyens de la recherche publique, contrainte d'accepter d'être financée par le secteur privé, favorise l'avènement d'une science industrielle au service de l'argent et promue par les Etats eux-mêmes.
« Sans le nucléaire, on s'éclairerait à la bougie ! », et autres tartes à la crème du discours techno-scientifiques, de Corinne LEPAGE et Jean-François BOUVET, publié aux Editions du Seuil, apporte ainsi une contribution à la prise de conscience des enjeux qui se cachent derrières ces affirmations,
prise de conscience indispensable à l'exercice d'une réelle démocratie. Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.