
Les agrocarburants de première génération posent d'ores et déjà le problème de la compétition entre les besoins alimentaires et les besoins en carburants. Produits à partir de colza, de blé ou encore de canne à sucre, leur développement ces dernières années a participé à déséquilibrer le marché mondial des ressources alimentaires, provoquant des émeutes dans de nombreux pays.
Une situation qui interroge sur l'avenir de cette solution présentée, il y a peu encore, comme une réponse écologique au changement climatique. Parmi les autres solutions explorées pour produire des carburants pour nos moteurs à explosion,
celle des agrocarburants de seconde génération, qui sont obtenus à partir de la
biomasse lignocellulosique, comme le bois, la paille, la bagasse ou encore la balle de riz. Ces sous-produits de l'agriculture et de la sylviculture sont transformables en carburants, ce qui permet de valoriser encore l'exploitation des sols.
Du fait de la dispersion géographique de ces ressources et pour limiter l'impact économique et environnemental du transport, les chercheurs du
Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), à Montpellier, développent une technique de
préconditionnement de la biomasse, sur sites décentralisés, à proximité de la récolte. Le premier pilote opérationnel en France de préconditionnement de la biomasse par pyrolyse flash est hébergé par le CIRAD depuis fin 2008, dans le cadre du
projet Précond, développé en partenariat avec le CEA, l'institut français du pétrole, 2 laboratoires du CNRS, l'université d'Aston et des opérateurs privés.
Le concept est simple en apparence :
il s'agit de liquéfier la biomasse pour un transport plus aisé et moins coûteux vers les raffineries. Transformer en huiles, les résidus lignocellulosiques pourront ainsi voyager en citerne pour être amenée vers une installation centralisée pour la production de gaz et la synthèse de carburants. Les scientifiques parlent de préconditionnement de la biomasse par pyrolyse flash. Ces huiles, dites intermédiaires, doivent revêtir certaines caractéristiques, notamment en termes de viscosité, de stabilité, de teneur en eau. Des spécifications auxquelles l'installation pilote du CIRAD permet de répondre au mieux.
Ces travaux de recherche ont pour objectif de modéliser et d'extrapoler vers l'échelle industrielle. De plus en plus décriés, les agrocarburants pourraient ainsi retrouver une virginité environnementale, à condition toutefois que notre soif de carburants ne conduisent pas certains exploitants ou même pays à raser des forêts dont la valeur patrimoniale, génétique et écologique est inestimable.
Circonscrites aux résidus de l'exploitation forestière et de l'agriculture, ces technologies d'avenir doivent s'inscrire dans une démarche de valorisation des déchets et de gestion raisonnée de nos forêts, pour conserver tout leur sens écologique. Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.