Le bouleversement climatique en cours menace l'ensemble de la biodiversité, mais, parce que certaines espèces vivent dans des conditions extrêmes, elles sont beaucoup plus sensibles aux variations de leur milieu. C'est le cas des manchots royaux, qu'une équipe de chercheurs a étudiés pendant 9 ans. Yvon Le Maho, directeur de recherche CNRS à l'Institut pluridisciplinaire Hubert Curien de Strasbourg [1], et une équipe de scientifiques issus du Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive du CNRS de Montpellier [2], de la station biologique de la Tour du Valat, du Muséum national d'histoire naturelle de Paris et de l'Université d'Oslo [3], ont cherché à mettre en évidence l'impact du réchauffement climatique sur cet oiseau. |
Situé en bout de chaînes alimentaires marines de l'océan austral, le manchot royal est un excellent indicateur de l'effet de ce bouleversement sur la biodiversité de ces régions. Mais les techniques employées jusqu'alors pour le suivi des animaux marqués semblaient avoir un impact sur leur capacité à se reproduire et sur leur espérance de vie. Les chercheurs ont donc mis au point une puce ou étiquette électronique de 0,8 grammes seulement implantée sous la peau des oiseaux. Des capteurs enterrés à proximité des autoroutes à manchots, qui sont les chemins empruntés par les oiseaux pour rejoindre la mer depuis les colonies à terre, ont permis d'identifier les allers et retours des 450 individus ainsi marqués. L'expérience menée sur l'île de la Possession, dans l'Archipel de Crozet, où les 2 tiers des manchots royaux de la planète se reproduisent, a permis d'évaluer de façon représentative la menace que le réchauffement climatique fait peser sur l'espèce. Les résultats sont ceux que l'on pouvait craindre. La reproduction des manchots est diminuée par une augmentation de la température des eaux de surface l'été, les oiseaux trouvant plus difficilement de la nourriture dans la délicate période de nourrissage des poussins. [4] Autre constat, en hiver, l'augmentation de 0,26 °C de la température de la mer en surface, au niveau de la limite de la glace de mer, provoque une baisse de 9% de la probabilité de survie des oiseaux deux ans plus tard. Ici aussi, les ressources alimentaires sont en cause et en particulier le krill, base de la chaîne alimentaire marine dans ces régions du monde [5]. Des résultats inquiétants à mettre en perspective avec les projections du GIEC en la matière. En effet, celui-ci prévoit une hausse de 0,2 °C par décennie dans les 20 ans à venir [6], ce qui risquerait de déstabiliser de façon dramatique cet écosystème. |

Et les chercheurs de poser la question : Les manchots royaux survivront-ils, s'adapteront-ils aux changements climatiques à venir ? Une question qui se pose pour de plus en plus d'espèces, dont l'Homme. Photo : © Nicolas Chatelain/IPHC - CNRS Photothèque, avec leur aimable autorisation. [1] L'Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) dépend de deux tutelles : le CNRS et l'Université de Strasbourg 1. [2] CNRS / Université Montpellier 1, 2 et 3 / ENSA Montpellier / CIRAD / Ecole pratique des hautes études de Paris. [3] Céline Le Bohec, actuellement en post-doc à l'Université d'Oslo, est le premier auteur de la publication disponible en ligne sur www.pnas.org [4] les manchots royaux effectuent, hiver comme été, des allers et retours entre leur colonie de reproduction et la mer, où ils s'alimentent et trouvent de la nourriture pour leur progéniture. Ce phénomène est lié au fait que leur cycle reproducteur dure plus d'un an (contrairement aux autres espèces de manchots. Durant l'été, les manchots s'approvisionnent, entre 300 et 600 km au large de leur colonie, la distance de ravitaillement étant directement liée au réchauffement de l'océan. [5] L'hiver, lorsque les ressources marines sont maigres, ces prédateurs vont se sustenter à près de 2 000 km de la colonie, en bordure des glaces de mer qui se forment au large de l'Antarctique. Réf : "King penguin population threatened by Southern Ocean Warming". Céline Le Bohec, Joël M. Durant, Michel Gauthier-Clerc, Nils Chr. Stenseth, Young-Hyang Park, Roger Pradel, David Grémillet, Jean-Paul Gendner et Yvon Le Maho. PNAS. 11 février 2008. Sources : CNRS/PRESSE : Le manchot royal menacé par le réchauffement climatique. olivier, pour la Rédaction. |