La dégradation de l'habitat naturel n'est pas seulement une réalité sur les continents, elle l'est aussi en mer, en particulier le long du littoral, où urbanisme intensif, remaniement du trait de côte, et surpêche sont responsables de l'appauvrissement de la biodiversité marine de ces zones fragiles. |
Et pourtant, le milieu aquatique est dynamique, au point que chaque plongeur un peu expérimenté qui aura visité une épave nous dira combien la nature investie les lieux et prospère sur ces supports. De ce constat est naît l'idée que l'on pouvait aider la réimplantation d'espèces en immergeant des récifs artificiels, constitués de blocs de béton de formes différentes, dans des zones ou elles avaient disparues. Encore fallait-il évaluer le réel impact de ces amas de béton sur les populations de poissons et d'invertébrés, c'est ce qu'à fait une équipe de chercheurs, dirigée par Philippe Lenfant, du laboratoire « biologie et écologie tropicale et méditerranéenne » basé à Perpignan, sur des récifs artificiels implantés au large de Leucate et du Barcarès, dans les Pyrénées-Orientales. Immergés il y a trois ans par quinze mètres de fond, trois types de récifs artificiels font ainsi l'objet d'un suivi, permettant d'évaluer leur efficacité respective, et de mesurer leur impact sur l'environnement. Et les premiers résultats sont très prometteurs : Sars, congres, rascasses et autres vertébrés des récifs, mais aussi moules, poulpes, seiches, langoustes ont colonisé ces méandres de béton à une vitesse étonnante. Particulièrement favorables, en particulier parce que l'embouchure du Rhône enrichie les eaux de cette région du Golf du Lion en particules organiques, ces sites voient proliférer des espèces que l'activité humaine côtière avait chassées. |

La première année d'observation avait permis de constater l'apparition d'espèces fixées, comme la moule, ou encore l'éponge, suivies par les espèces de poissons au nombre d'une quarantaine aujourd'hui. Et ce qui est remarquable, c'est que même si la surface sableuse qui a été recouverte par les blocs perd évidemment sa biodiversité, les zones alentours sont protégés des filets de pèche par ces récifs, améliorant au bout du compte sensiblement le sort des espèces de fond comme la sole ou le rouget. Les chercheurs concluent d'ailleurs ces premiers résultats en indiquant qu'il semble de ces récifs artificiels génèrent une biodiversité plus riche encore que celle du témoin de roche naturelle qu'ils ont utilisé dans leur étude. Mais sans aller jusque-là, il est bon signe de constater que la nature possède toujours cette capacité à investir des habitats qui lui sont réservés, qu'ils soient naturels ou artificiels. Car la sauvegarde de la biodiversité ne passe plus seulement par sa préservation, mais bien par la possibilité qu'elle aura de reconquérir des territoires sauvages, une possibilité que nous devrons bien nous décider à lui offrir. Photographie : Pierre DESCAMP Sources : Journal du CNRS olivier, pour la Rédaction. |