
Alors que le nucléaire continu à avoir la faveur des gouvernants, une autre technologie, connue depuis la fin du 19e siècle, est en plein essor, et pourrait bien répondre à nos futurs besoins énergétiques, à conditions que les investissements soient à la hauteur des enjeux.
Bien moins connues du grand public que le photovoltaïque,
les centrales solaires à concentration thermique sont des installations de grande puissance [1] capables de convertir la lumière du soleil en chaleur, puis en électricité.
Toute proche de nous, l'Espagne vient d'inaugurer à proximité de Séville, une tour de 110 mètres de haut, capable de fournir 23 GigaWatt/heure par an. Elle est la première en Europe destinée à une exploitation commerciale. Outre-atlantique, la centrale solaire à concentration américaine Nevada Solar One d'une puissance de 64 MW a été raccordée au réseau il y a un an. Sa puissance annuelle de 134 GWh lui permettra d'alimenter 40 000 foyers.
La tendance est mondiale, avec une industrie très active en Allemagne et en Espagne, où sept autres centrales sont en cours de construction, pour un total de 371 MW. Aux Etats-Unis, 280 MW supplémentaires sont attendus. Une quinzaine de pays peaufinent des projets similaires. En Algérie, au Maroc, en Egypte, les chantiers ont déjà débuté.
Qu'en est-il en France ?
Sur notre territoire, le gisement thermosolaire est estimé à 2 GW. Délaissé par EDF en 1986 puis transformé en observatoire d'astrophysique, le site Thémis a retrouvé sa vocation « thermosolaire » en 2004, grâce au soutien des collectivités locales. Le site va permettre de tester un système « hybride » solaire/gaz, destiné à surchauffer l'air entrant dans la turbine à 700 ou 900 C°, pour des rendements de conversion très élevés, de l'ordre de 30 %.
Près de Gap, le démonstrateur Solenha, exploité par Solareuromed, sera lancé dès 2010. Il devrait fournir 60 GWh par an, pour une puissance de 12 MW. Un projet de centrale à Nice est soutenu par TotalSolar, alors que sur le site de Thémis, Poweo envisage d'installer une centrale d'au moins 12 MW.
Plus que leur puissance, le grand atout des centrales thermosolaires réside dans la possibilité de conserver l'énergie produite. En effet, leur capacité de stockage thermique est de 7 à 12 heures, soit bien assez pour lisser la production électrique en cas de passage nuageux et de poursuivre la production durant la nuit.
Selon José Alfonso Nebréa, Président de la toute jeune Association européenne de l'électricité thermosolaire [2], « En 2020, l'énergie solaire thermodynamique des centrales de l'Europe du Sud pourra contribuer à hauteur de 30 GW. Une part plus importante est même possible si l'électricité solaire est importée des installations basées en Afrique du Nord ».
Seule contrainte : disposer d'un ensoleillement optimum. En fait, 1 % de la surface des zones arides et semi-arides serait suffisante pour satisfaire la consommation mondiale d'électricité. Une électricité dont le coût actuel de 15 à 18 centimes d'euros le Kwh devrait descendre à 5 à 7 centimes d'euros d'ici 2020.
Une énergie propre, inépuisable et économique. [1] de quelque dizaines à plusieurs centaines de MegaWatt [2] European Solar Thermal Electricity Association ou ESTELA, créée en mai 2008 Photo : La centrale solaire à tour Thémis - crédit : Themis pv Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.