Le progrès scientifique doit se faire au profit de l'Homme, mais lorsqu'il se révèle être au détriment de la nature, n'est-il pas finalement nuisible à l'Homme ? Le cas de la Coccinelle asiatique est, par sa nature, emblématique des erreurs que nous pouvons commettre, en croyant bien faire. Harmonia axyridis a été importée en France par l'INRA en 1982, dans le cadre de l'étude de son utilisation dans la lutte biologique contre les pucerons. |
La larve de cette coccinelle de belle taille, réputée pour sa voracité, est capable d'engloutir jusqu'à 270 pucerons par jour. Cette performance permettait aux chercheurs de penser que cette espèce asiatique allait apporter une réponse biologique efficace à l'invasion de nos cultures. Après de nombreux essais sous serre, puis in situ, elle a finalement été commercialisée en 1995 par la société Biotop. Mais l'espèce s'est très vite acclimatée et devant cette évidence, Biotop l'a retirée du marché en 2000, la remplaçant par une souche dite « sédentaire », incapable de voler. Hélas, il était déjà trop tard. Aujourd'hui, la quasi totalité de la Belgique est colonisée, on la trouve en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, au Luxenbourg et en Suisse. En Allemagne, l'expansion a été notée en 2002. Pour ce qui concerne la France, l'espèce a été observée à partir de 2004, principalement dans le Nord-Est, mais sa présence dans les départements du Vaucluse, de la Maine-et-Loire, ou encore de la Manche, notée, en 2007, tend à démontrer que sa progression est irrémédiable. Cette invasion n'est pas sans poser de difficultés. Elle se fait au détriment des espèces de coccinelles indigènes, auxquelles elles disputent la nourriture, et dont elles sont capables de manger les larves si celle-ci vient à manquer. A l'automne, elles forment des agrégats et tentent de rentrer dans les habitations pour passer l'hiver. |

Cette prolifération était-elle prévisible ? La réponse est oui, sans équivoque. Introduite par lâchers successifs aux Etats-Unis depuis les années 60, la coccinelle asiatique s'est acclimatée au début des années 90, pour se répandre ensuite sur l'ensemble du territoire américain. En 1994, le Canada était touché, puis l'Argentine en 2001 et le Brésil en 2002. Ce cas supplémentaire d'introduction d'espèce exotique qui tourne à l'invasion montre combien les équilibres biologiques sont fragiles et interdépendants. Chaque espèce joue un rôle précis et indispensable dans un biotope bien défini. Les déplacer, c'est prendre le risque de les voir proliférer au détriment des compétiteurs locaux et des équilibres auxquels ils concourent. La couleuvre brune sur l'ïle de Guam, les eucalyptus et les acacias en Afrique du Sud, la perche du Nil dans le Lac Victoria, Caulerpa taxifolia en méditerranée, l'écureuil gris en Italie, le frelon Vespa velutina dans le sud ouest de la France, et maintenant la coccinelle asiatique, sont autant d'exemples d'introductions fortuites ou volontaires, parfois économiques, dont l'impact réel dépasse, selon le cas, les espoirs de leurs défenseurs ou les craintes des naturalistes. Sources : Observatoire permanent pour le suivi d'Harmonia_axyridis olivier, pour la Rédaction. |