
«
Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Au XIIIe siècle, on dit Isabelle orpheline et chaperonnée par son frère Caribert, dominicain de haut rang. Elle a passé son enfance et son adolescence au monastère de Remiremont (également formidablement campé par Pierre Pelot dans «
C'est ainsi que les hommes vivent »). Puis, il la maria à «
un jeune homme fort bien fait et très aimable », Geoffroy de Saint-Martin, fils du comte du nom de ce petit village sur la Moselle, à l'est de Metz, haut-lieu de la musique liturgique.
Mais, le jour de leur mariage, Geoffroy s'engage à partir en croisade afin de délivrer l'un de ses frères tombé entre les mains des «
Infidèles ».
Au bout de longs mois d'attente de son jeune époux, la jeune fille se retrouve face à un certain Wulff, homme des bois et merveilleux conteur…
Héros et filous Dans «
L'abbaye aux loups » (Collection «
Terres de France » aux Presses de la Cité), Paul Couturiau nous emmène dans une sorte de thriller moyenâgeux où l'on retrouve tous les ingrédients d'un excellent ouvrage de ce type : suspense quasiment à chaque chapitre (il y en a vingt-huit !), actions, sentiments exacerbés (et parfois troubles), passions amoureuses…
Et, dans ce livre de plus de 300 pages, outre l'histoire passionnante, j'ai relevé trois points qui méritent d'être soulignés :
- Le beau style de l'auteur : «
Caribert avait l'art d'écouter. Et plus encore d'entendre. Même ce qui n'était pas dit ».
- Des paroles pleines de sagesse :
. Le vieux comte à son fils : «
S'il n'y avait pas de chrétiens pour acheter leurs esclaves, les juifs auraient renoncé depuis longtemps à ce commerce que tu qualifies d'odieux, à juste titre. »
. «
Depuis quand une blessure d'orgueil faisait-elle moins souffrir qu'une blessure d'amour ? »
. «
L'humain a encore moins d'indulgence pour les fautes d'autrui lorsqu'elles font écho aux siennes propres. »
. «
Les gens se reconnaissent toujours dans les héros, jamais dans les ridicules ni les filous. »
- Et puis, mine de rien, sans être pédant, Paul Couturiau nous distille quelques précisions sur l'époque :
. Le terme «
croisade » n'est apparu qu'au XVe siècle ; auparavant, on parlait de «
passage », de «
voyage d'outre-mer »…
. «
En ce temps-là, l'abeille n'était pas considérée comme un insecte, mais comme un oiseau. »
Assurément, tous les amateurs de bons livres de Terroir et d'Histoire attendent l'envol du nouvel ouvrage du genre de cet auteur à la biographie déjà impressionnante.
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Pierre GUELFF, pour la Rédaction.