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SANTE : le Bisphenol A provoquerait aussi des anomalies de l’oreille interne.

SCIENCES ET NATURE
Chronique du 22-03-2011

Par Olivier FRIGOUT
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LA CHRONIQUE
Longtemps décrié et enfin interdit dans les biberons, le bisphénol A, que l'on trouve toujours dans de nombreux plastiques alimentaires, induirait des anomalies de l'oreille interne chez l'embryon de certains vertébrés.
C'est ce que vient de démontrer une équipe de l'Institut de génomique fonctionnelle dirigée par Vincent Laudet, et en collaboration avec des chercheurs de l'Inserm, du Muséum national d'Histoire Naturelle et de l'INRA [1], sur deux vertébrés, le poisson zèbre et le xénope.

Le bisphénol A est un composé chimique de synthèse utilisé dans la fabrication industrielle des récipients alimentaires en plastique de type polycarbonates, certaines bouteilles plastiques ou encore récemment certains biberons. On le retrouve également dans les résines époxy qui constituent les revêtements intérieurs des boîtes de conserve, des canettes de boissons ou dans les amalgames dentaires.
Or, cette molécule peut modifier les équilibres hormonaux des vertébrés, en interagissant directement avec les récepteurs hormonaux ou bien avec les enzymes qui assurent le métabolisme de ces hormones: c'est un perturbateur endocrinien. Le bisphénol A interagit en se liant aux récepteurs des œstrogènes, les hormones sexuelles féminines, et en mimant leur action dans l'organisme. C'est pourquoi il est aujourd'hui classé reprotoxique de catégorie 3, c'est-à-dire jugé « préoccupant pour la fertilité de l'espèce humaine » en raison « d'effets toxiques possibles » mais non démontrés sur la reproduction.
La dose journalière tolérable a été évaluée à 50 µg de bisphénol A par kg de poids corporel et par jour. [2]

Perturbateur endocrinien donc, le bisphénol A était susceptible de perturber le développement embryonnaire. C'est ce qu'on voulu vérifier les chercheurs en étudiant son effet à différentes doses sur des vertébrés.
Pour y parvenir, ils ont exposer des œufs de poisson zèbre à des concentrations croissantes de bisphénols A. Le résultat n'a pas manqué de les surprendre : après exposition au bisphénols A, la plupart des embryons de poissons zèbre ont présenté des anomalies au niveau des otolithes, de petites structures de l'oreille interne qui servent à contrôler l'équilibre et jouent aussi un rôle dans l'audition.

L'expérience a été renouvelée avec des œufs de xénope, un autre vertébré de la famille des amphibiens, avec un résultat similaire, suggérant que cet effet pourrait exister chez d'autres vertébrés.

Des résultats pour le moment non transposables à l'Homme, d'autant que les mécanismes d'action ne sont pas encore identifiés. En effet, le bisphénol A s'est avéré conserver son action sur le développement embryonnaire de l'oreille interne malgré le blocage des récepteurs aux oestrogènes, suggérant que le bisphénol A se fixerait sur un autre récepteur pour induire cette action.

Même si les doses de bisphénol A délivrées lors de ces expériences restent élevées, cette étude montre que les cibles d'action de ce composé sont plus nombreuses que ce que l'on pensait jusqu'à présent, ce qui est vraisemblablement le cas pour de nombreuses molécules qui arrivent dans nos assiettes par le biais de l'industrie du plastique ou des phytosanitaires.

Photo : © Florent Campo-Paysaa

[1] Les laboratoires impliqués sont : l'Institut de génomique fonctionnelle de Lyon (CNRS/ENS de Lyon/Université Lyon 1) ; l'unité « Evolution des régulations endocriniennes » (CNRS/MNHN) ; l'Institut de recherche en cancérologie de Montpellier, unité Inserm 896 ; et l'unité mixte de recherche « Toxalim », équipe « Métabolisme des Xénobiotiques » de l'INRA de Toulouse.
[2] Source : [Bisphénol A : Effets sur la reproduction - Une expertise collective de l'Inserm>http://www.inserm.fr/espace-journalistes/bisphenol-a-effets-sur-la-reproduction-une-expertise-collective-de-l-inserm]

Source : CNRS PRESSE

                Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.



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