
On pensait la loutre de mer tirée d'affaire après avoir craint une disparition totale de cette espèce au début du XXe siècle. A cette époque, il ne restait sans doute pas plus de 1 000 à 2 000 individus ayant survécu à une chasse intensive, motivée par la très grande qualité de la fourrure de cet animal qui possède de 140 000 à 170 000 poils au centimètre carré. Alors qu'à l'origine les loutres de mer étaient sans doute plusieurs centaines de milliers à peupler les côtes nord américaines et certaines zones littorales du Japon, le massacre à grande échelle orchestré par l'homme semblait ne laisser guère de chances aux rares rescapées. Heureusement, cette espèce fut protégée à partir de 1911 et commença peu à peu à régénérer ces populations.
Ce fut notamment le cas en Alaska, où vivent les plus grande communautés, mais aussi dans la région de Californie, où il n'y avait pourtant que quelques dizaines de survivants aux heures les plus sombres. Aujourd'hui, les loutres de mer californiennes seraient un peu moins de 3 000, réparties sur environ 400 kilomètres de littoral entre Santa Barbara et le Sud de San Francisco. Le problème, c'est que cette population a tendance à stagner, ce qui inquiète les scientifiques. Le taux anormalement élevé de mortalité constaté par ceux-ci est en effet la preuve d'un environnement marin dégradé à cause de la pollution. Ces animaux sont d'excellents témoins de la qualité de leur environnement et voir autant de décès, notamment chez les jeunes, est alarmant.
Reste à savoir exactement quelles sont les raisons de la stagnation de l'espèce et c'est pourquoi l'Etat californien pourrait adopter un programme de surveillance et de protection de 25 millions de dollars sur cinq ans. Une somme très importante mais nécessaire, d'autant plus que la loutre de mer se révèle indispensable au bon fon fonctionnement de l'écosystème marin qu'elle peuple. Se nourrissant au sein d'immenses forêts d'algues, elles dévorent d'énormes quantités de crustacés et apprécient particulièrement les oursins. Ce goût pour les créatures à piquants en font des alliés précieux pour les nombreuses espèces marines peuplant les forêts de varech, car les oursins ont une fâcheuse tendance à brouter les algues et à réduire à néant ces riches écosystèmes en cas de prolifération. Si l'on ajoute à cela que les loutres attirent chaque année des milliers de touristes, désireux d'observer et photographier ces adorables bestioles, on se rend compte qu'elles représentent un indéniable intérêt économique, ce qui ne peut que leur être favorable puisque l'argent intéresse sans doute plus de gens que la protection de l'environnement.
Des raisons qui pourraient permettre aux loutres de mer de survivre et peut-être même de prospérer à nouveau. Ce serait une excellente nouvelle, tant cet animal est digne d'intérêt. Pouvant mesurer jusqu'à 1,50 mètres pour un poids de 45 kilos, en ce qui concerne les mâles, ce mammifère s'est tellement bien adapté à l'univers marin qu'il ne revient que rarement, voire jamais, à terre. Capable de plonger à une centaine de mètres pour débusquer sa nourriture et de rester quatre à cinq minutes sous l'eau, il est également doté d'une intelligence remarquable. C'est ainsi un des très rares animaux à utiliser des outils, en l'occurrence des cailloux qui lui permettent de briser les coquilles des crustacés et coquillages les plus résistants. Il faut donc espérer que cette espèce, qui possède également une frimousse des plus sympathiques, ce qui ne gâche rien, puisse continuer à prospérer à la surface de notre planète.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.