
L'énergie de demain, n'en déplaise aux lobbies nucléaires, c'est l'hydrogène. Ressource inépuisable, dont chaque molécule d'eau contient 2 atomes, il sera bientôt le carburant de nos véhicules, grâce aux piles à combustible. Un à un, les obstacles sont levés, qu'ils soient technologiques ou économiques, pour les voitures propres et à l'autonomie suffisante que nous appelons tous de nos vœux.
Récemment, et je vous en parlais dans une chronique il y a quelques mois, des nanostructures de carbone en forme de cornet ouvraient des perspectives de stockage de ce gaz hautement inflammable. Un nouveau pas était ainsi franchi vers l'utilisation grand public de cette technologie.
Au mois de janvier 2008, c'est un écueil économique qui a partiellement été levé, celui du coût de production de l'hydrogène et de fabrication des piles à combustible. Dans un article paru dans une revue spécialisée, des chercheurs du Laboratoire de chimie et biologie des métaux au CEA de Grenoble
proposent de s'affranchir des indispensables mais coûteux métaux nobles [1] utilisés comme catalyseurs. L'idée de départ a été de
mimer la nature, et en particulier certains micro-organismes végétaux capables de produire de l'hydrogène à partir d'eau sous l'effet de la lumière. Les chercheurs ont ainsi réussi à reproduire ces processus de photosynthèse en élaborant des macromolécules dans lesquelles, comme dans la nature, ce sont des métaux plus courant, comme le Fer, le nickel, le cobalt ou encore le manganèse, qui catalysent la réaction.
Et ça marche !
Le nouveau système mis au point utilise le cobalt comme catalyseur. Il s'agit d'un
système supramoléculaire assurant à la fois la fonction de
photosensibilisateur et de
catalyseur. Sous l'effet de la lumière, les électrons fournis par une molécule organique sont utilisés pour libérer l'hydrogène de l'eau au niveau du cobalt, avec une efficacité
supérieure aux systèmes comparables à base de métaux nobles.
Pour le moment, la fonction de photosensibilisateur reste assurée par du ruthénium, dont le remplacement fera l'objet de prochains travaux. Mais cette découverte est une très bonne nouvelle pour celles et ceux d'entre-nous qui espèrent la fin du tout pétrole. En attendant, et en particulier pour les véhicules d'usage urbain qui parcourent peu de kilomètres chaque jour, les usagers de la route animés d'une volonté de limiter leur empreinte écologique, peuvent se résoudre à patienter jusqu'à la sortie des premières citadines électriques.
Si les constructeurs automobiles prennent conscience qu'une part non négligeable de leur clientèle est prête à attendre ces nouveaux modèles plutôt que d'investir dans une voiture thermique neuve, ils feront peut-être un effort pour hâter leur sortie sur le marché. [1] Historiquement, les métaux nobles étaient les métaux précieux (or, argent, platine) utilisés en orfèvrerie. Cela correspond pour le chimiste à des métaux qui ne s'oxydent pas facilement. Ce terme s'applique maintenant aux autres métaux qui présentent une faible abondance dans la croûte terrestre et sont donc à la fois rares et coûteux (palladium, rhodium, iridium, osmium et ruthénium).Sources : CNRS Presse
Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.