
On pensait la baleine grise tirée d'affaire. Mieux encore, divers scientifiques estimaient que les populations de ce cétacé peuplant le Pacifique Nord s'étaient entièrement reconstituées. Il faut dire que, depuis l'interdiction de la chasse à la baleine grise qui date de 1947, les effectifs avaient fait un bond spectaculaire, passant de 2 000 individus au début du XXe siècle à 22 ou 27 000 à l'orée du XXIe. Il semblait alors que cette espèce était sauvée. Malheureusement, l'enthousiasme a été rapidement douché lorsque les scientifiques se sont rendus compte que de nombreuses baleines grises mouraient de faim et que leur cycle de reproduction était contrarié.
Au départ, l'heure n'était pas à tirer la sonnette d'alarme. Divers spécialistes ont ainsi émis l'hypothèse que les baleines étaient peut-être trop nombreuses par rapport aux réserves de nourriture. Un fait crédible, si l'on partait du postulat que les baleines grises avaient atteint le seuil maximal de population de leur histoire. Une hypothèse loin d'être idiote, mais qui vient d'être battue en brèche par une très sérieuse étude menée par les universités américaines de Washington et de Stanford. En se basant sur l'analyse des variations génétiques de nombreux cétacés, ces experts sont parvenus à la conclusion qu'une vingtaine de milliers d'individus n'avaient pas pu livrer une descendance aux caractéristiques génétiques aussi dissemblables.
Grâce à leurs calculs, les scientifiques sont arrivés à la conclusion que, dans le passé, les populations de baleines grises étaient composées de 96 000 animaux en moyenne, avant que la chasse intensive menée par les hommes ne décime cette espèce. Dans le meilleur des mondes, et au vu de la faculté des baleines à faire remonter leurs effectifs, on pourrait imaginer que le nombre de cétacés ne cesse d'augmenter pour atteindre un jour son maximum historique. Mais voilà, nous ne sommes pas dans le meilleur des mondes et les baleines meurent de faim. Cet état de fait est un véritable révélateur de l'état de santé de notre planète et ce n'est pas peu dire que le constat n'est guère reluisant.
Si ces majestueux mammifères ne parviennent plus à trouver suffisamment de quoi se nourrir, c'est à cause de l'activité humaine et en premier lieu du réchauffement climatique. Les baleines grises ont beau faire une quinzaine de mètres de long, elles se nourissent de petites créatures et principalement de crustacés qu'elles dénichent en fouillant la vase et en filtrant le sol marin à l'aide de leurs fanons. Le problème, c'est que leurs territoires de chasse sont situés près du cercle arctique, la région la plus éprouvée par le réchauffement planétaire. Elles y trouvent de moins en moins de nourriture et ne parviennent pas à stocker suffisamment d'énergie pour rallier les aires de reproduction situées au large de la Californie ou du Mexique. Elles arrivent sur place épuisées, quand elles ne meurent pas de faim en route, et n'ont souvent plus l'énergie suffisante pour se repoduire.
Après la chasse, le réchauffement climatique s'annonce donc comme un nouveau péril sur la route des baleines grises, leur disparition pouvant entraîner une réaction en chaîne sur de nombreuses espèces, ces cétacés se trouvant au sommet d'une pyramide alimentaire. Une fois de plus, il semble donc évident que l'homme est en train de détruire conscieusement la nature qui l'entoure.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.