
Après s'être demandé si les OGM étaient l'avenir de l'humanité, on peut se demander si les OGM ont un avenir ?
En Inde, des milliers de producteurs de coton se suicident, alors qu'un coton OGM [1] les a conduits au surendettement.
En Europe, l'Allemagne vient de rejoindre la France, la Grèce, l'Autriche, la Hongrie et le Luxembourg, en activant la clause de sauvegarde lui permettant d'interdire la mise en culture du Maïs MON 810.
Le Roundup, l'herbicide phare de la société Monsanto, qui commercialise le maïs NK 603 tolérant cette herbicide, pourrait voir son efficacité décroître dans les années à venir, des « mauvaises herbes » résistantes au glyphosate ayant fait leur apparition. Quel avenir pour un Maïs dont la qualité principale serait présente dans les herbes qui poussent naturellement dans les champs ?
Dernier rebondissement, un groupe indépendant d'experts démontent le dernier argument de la firme semencière en publiant un rapport le 14 avril dernier dans lequel il montre que les rendements des OGM sont loin des résultats annoncés.
En effet, hors destruction massive de récolte par des invasions d'insectes, l'accroissement de la production pour le maïs Bt comme le MON 810 plafonneraient à de taux de 7 à 12%. En fait, l'amélioration de la productivité serait le résultat des dernières innovations agricoles et non le fruit de la technologie OGM.
Un résultat qui confortent un rapport du ministère américain de l'agriculture qui, déjà en 2006, ne notait aucune amélioration significative de rendements.
Ces rapports sont réfutés par la firme, mais sa ligne de défense est basée sur des hausses de rendements dans des régions du monde où la lutte contre les ravageurs est plus difficile qu'en Europe.
Le message s'avère brouillé
car le Maïs MON 810 qui produit la toxine de la bactérie Baccillus Thuringiensis, et le Maïs NK 603 tolérant le roundup ne permettent pas des hausses de rendements sur les mêmes critères. Le MON 810 résistent aux insectes ravageurs, son rendement est donc accru là où les ravageurs sont présents et très actifs. Le NK 603, tolérant le Roundup suppose une hausse de rendement en permettant la destruction de toute concurrence par l'usage sur la récolte de l'herbicide à base de glyphosate.
Selon le cas, l'impact sur les rendements de l'utilisation d'une semence OGM va être plus ou moins important en fonction de la région du monde où on la cultive. Plus généralement, l'apparition de résistance au Roundup dans les champs sur lesquels il est utilisé est un signal fort de la nature. Les solutions technologiques que nous développons s'avèrent éphémères et parfois catastrophiques. En effet, l'utilisation de la toxine Bt dans le maïs MON 810 pourrait conduire à l'apparition de résistance bien plus dommageable car, rappelons-le,
la toxine de Baccillus Thuringiensis est la seule arme naturelle dont nous disposons contre les ravageurs de stock, une arme utilisée d'ailleurs en agriculture biologique. La technologie OGM, telle qu'elle est développée aujourd'hui, semble donc sans avenir. Les premières réponses qui peuvent être apportées à la faim dans le monde restent une réduction du gaspillage des ressources, une réduction de notre consommation de viande [2], et un retour à la consommation de produits locaux et de saison. Et si possible, issu de l'agriculture biologique. [1] Coton Bt. [2] Il faut 4 kg de protéines végétales pour produire 1 kg de protéines animales. Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.