La destruction des mangroves dans les zones exposées aux risques naturelles comme les tsunamis et les cyclones participent-elles à augmenter l'impact de ces phénomènes destructeurs ? Le cyclone Nargis, qui vient de frapper la Birmanie, soulève à nouveau cette question, qu'il convient de prendre avec prudence, mais sur laquelle un consensus commence à apparaître. |
Le 26 décembre 2004, suite à un tremblement de terre, un tsunami s'abattait sur les pays riverains de l'océan indien, faisant des centaines de milliers de victimes. Le 29 août 2005, l'ouragan Katrina submergeait la Nouvelle-Orléans, ruinant cette ville et faisant près de 2000 morts et plus d'un millions de déplacés. 2 mai 2008, le cyclone Nargis s'abat sur la Birmanie, le bilan en vie humaine, dépassant les 100.000 morts, ne sera sans doute jamais connu. Trois catastrophes terribles, qui ont comme point commun le rôle de protection que n'ont pu jouer, les mangroves de ces zones tropicales et sub-tropicales humides. Si l'on compare la répartition des types de végétation à la carte des risques naturels, on réalise combien ces écosystèmes sont adaptés à ces phénomènes météorologiques et océaniques. Même s'il faut le dire avec beaucoup de prudence, les mangroves sont une barrière naturelle, capable de casser les vagues et d'absorber une partie de l'énergie des ouragans. Prudence car, comme le souligne la FAO dans un rapport sur les mangroves du monde [1], rendu en 2007, il convient d'éviter un faux sentiment de sécurité dans les populations exposées, car aucun bouclier biologique n'est en mesure d'écarter les risques liés à des évènements aussi graves. Mais ce même rapport insiste sur la capacité de ces épaisses forêts à réduire l'impact destructeur des cyclones et des tsunamis. |

Et le dernier tragique épisode qui vient de se produire en Birmanie illustre cette réalité, en particulier si on le met en perspective avec celui du cyclone Sidr, qui a frappé le Bengladesh en novembre 2007. Alors que les forêts de Sunderbans ont joué un rôle crucial dans la réduction des effets mortels du cyclone Sidr, la destruction partielle des mangroves birmanes, qui ont laissé la place à des activités agricoles, ont vraisemblablement contribué au lourd bilan de la catastrophe. A titre d'exemple, la superficie que couvrait la zone de mangrove dans le delta d'Ayeyarwady, sévèrement touchée par le cyclone, a été réduite de moitié en trente ans. Des forêts qui, selon la FAO « auraient pu réduire les dommages causés par les vagues provoquées par le cyclone Nargis ». Ces écosystèmes jouent en fin de compte leur rôle protecteur de deux manières. La première en absorbant une partie de l'énergie du phénomène destructeur, la seconde en occupant un espace que les Hommes devraient renoncer à habiter, sous peine de s'exposer à ces risques majeurs. La présence de ces écosystèmes est un indice du risque naturel qu'encourent ces espaces, des espaces que nous ne devrions pas conquérir, pour une simple question de bon sens. Photo mangrove : © Yann Arthus-Bertrand [1] Rapport de la FAO : Les Mangroves du Monde olivier, pour la Rédaction. |