Le réchauffement climatique ne consiste pas seulement en une irrésistible montée des eaux, ou en l'amplification des phénomènes extrêmes, il met en jeu des équilibres beaucoup plus subtils dont dépendent toutes les espèces, et bien évidement, l'Homme. En particulier, les changements climatiques locaux modifient les aires de répartition des espèces végétales qui sont adaptées à des températures et une hygrométrie précises, ainsi qu'à leurs fluctuations saisonnières. |
Les modifications de ces conditions obligent ces espèces à migrer, à suivre en quelque sorte le milieu qui leur est favorable. Tout l'enjeu est dans leur capacité à migrer suffisamment vite pour coloniser les nouvelles aires qui leurs correspondent. Cette question a fait l'objet de travaux de recherche auxquels a collaboré le laboratoire d'écologie alpine du CNRS de l'Université de Grenoble. Les scientifiques ont travaillé sur les espèces végétales présentes en Arctique, des espèces qui sont capables de coloniser des territoires séparés de près de 1000 km. Sous la pression du réchauffement climatique actuel, les espèces ont commencé à migrer à la fois vers les pôles et en altitude, pour retrouver sur de nouveaux territoires les conditions favorables à leur développement. Une migration qui a toujours eu lieu dans un sens comme dans l'autre, au gré des évolutions cycliques du climat. Mais face à un phénomène provoqué par l'activité humaine, toute l'incertitude réside dans le temps de réponse des espèces par rapport aux variations climatiques, des changements brutaux pouvant se produire dans les décennies à venir. Les chercheurs ont donc tenté de déterminer si les espèces arctiques migraient sans délai ou si elles réagissaient avec un temps de retard. En analysant les empreintes génétiques de neuf espèces végétales, ils ont démontré que les colonisations à longue distance sont fréquentes dans cette région du monde. Pour cela, ils ont comparé des échantillons prélevés sur l'île de Spitzberg, en Norvège, qui est très isolée et qui était entièrement recouverte de glace il y a 20.000 ans, avec des échantillons prélevés dans différentes régions entourant cet archipel. |

Il est apparu que cette île a été colonisée à maintes reprises, à partir de sources différentes telles que le Groenland, la Russie ou la Scandinavie, et par un nombre important de graines. Cette multitude de migrations végétales semble indiquer que la colonisation ne serait pas un facteur limitant dans l'Arctique. Les modèles basés sur l'analyse des niches écologiques devraient donc permettrent de prédire les changements à venir d'aires de répartitions de la flore dans cette région. Une conclusion que les chercheurs se gardent bien d'extrapoler à nos régions tempérées. D'autant qu'il est établi que certaines espèces arbustives ne suivent pas immédiatement leurs niches écologiques. Les espèces vivants dans les régions extrêmes, où les modifications climatiques sont toujours vécu avec plus d'intensité, ont probablement été en partie favorisées par cette réactivité. Ce qui n'est pas le cas de celles peuplant nos paysages. Aussi, les risques d'une désertification transitoire de nos territoires provoqués par des changements climatiques brutaux sont une réalité, ce qui doit nous conduire à intensifier nos efforts pour limiter les conséquences d'un réchauffement devenu inéluctable. Photos : Avec l'aimable autorisation du CNRS. En haut : Dryas à huit pétales (Dryas octopetala) au Spitzberg (colonisation à partir de la Russie) © Bjørn Erik Sandbakk A gauche : Cassiope tetragona © AAAS/Science Source : CNRS olivier, pour la Rédaction. |