
« Le facteur Beurk », vous connaissez ? c'est l'instant de dégout ou de recul que vous aurez quand on vous annoncera que l'eau que vous venez de boire au robinet est issue du recyclage de vos propres eaux usées… Beurk ! L'eau, que vous trouviez bonne il y a quelques minutes, risque de ne plus avoir le même goût mais rassurez vous, vous n'êtes pas les seuls à avoir cet à priori psychologique.
« Les gens détestent imaginer qu'ils boivent de l'eau qui a pu être de l'eau d'égouts », résume Gérard Payen, membre du Conseil consultatif pour l'eau et l'assainissement de l'ONU. Pourtant face aux crispations de plus en plus nombreuses sur les questions d'eau dans le monde, les acteurs tentent, par tous les moyens, de trouver des solutions de secours et le recyclage en est bel et bien une.
La marge de manœuvre est même grande sachant qu'actuellement l'eau recyclée ne représente que 2 % de la consommation mondiale d'eau potable. Malgré des expérimentations réussies, les mentalités sont encore sceptiques à l'image des australiens de Toowoomba, dans le Queensland, qui ont rejeté par référendum, à 60 %, l'idée de boire leurs propres eaux usées dans une Région pourtant confrontée à des sécheresses récurrentes.
« L'eau est trop précieuse pour n'être utilisée qu'une seule fois. Surtout lorsqu'elle est rare », sermonne Antoine Frérot, directeur général de Veolia Eau. Certains pays l'ont déjà bien compris et appliquent cette nouvelle méthode de recyclage. A Singapour, par exemple, l'eau recyclée sert non seulement pour l'industrie, mais aussi pour la consommation humaine. A Windhoek, capitale de la Namibie, le système fonctionne avec succès depuis une dizaine d'années. La Technique de recyclage de l'eau est donc déjà très répandue dans l'industrie ou dans l'agriculture pour l'irrigation, et elle devrait un jour ou l'autre finir par couler dans nos robinets.
Pour l'instant d'ailleurs, la consommation quotidienne d'eau du robinet pour boire connaît un regain de confiance. L'eau embouteillée est en moyenne 300 fois plus chère que l'eau du robinet et 1000 fois moins écologique. Sur fond de crise financière et d'engouement écologique, l'industrie de l'eau minérale et de source à donc de quoi s'inquiéter. « La baisse des ventes des bouteilles d'eau devrait s'établir à près de 6 % sur l'année 2008 selon Michaël Aïden, vice-président marketing de Danone eaux France. et c'est tant mieux car les bouteilles, composées de polyéthylène téréphtalate, un dérivé de pétrole brut, mettent plus de 500 ans à se dégrader dans la nature et pèse chaque année des milliers de tonnes de déchets. Le transport des bouteilles qui parcourent en moyenne 300 km représente également une source importante de pollution.
Alors mieux vaut boire l'eau du robinet et se préparer à une eau recyclée qui ne sera pas forcément de moins bonne qualité que l'eau captée dans les nappes phréatiques et polluée par toute sorte de résidus de pesticides, phosphates et autres produits issus de nos modes de cultures et de consommation.
Anne-Laurence MAZENQ, pour la Rédaction.