
C'est le rapport de la « commission Stiglitz » qui planche sur des indicateurs de progrès qui « a mis le feu aux poudres ». Un texte de 92 pages destiné à susciter des réactions, et le moins que l'on puisse dire c'est qu'elles ne se sont pas faites attendre…Quelques jours plus tard, plus d'une dizaine d'associations et d'ONG décidaient de lancer une pétition baptisée « L'ultimatum climatique ». Quelles sont les limites du développement durable quand la tendance se poursuit de tout vouloir transformer en comptes monétaires, quel rôle peut jouer l'épargne nette ajustée (ENA), ou l'épargne solidaire qui a bien du mal à faire l'unanimité, comment prendre en compte les variations du capital économique issu de la production et ses effets sur le climat, quelle place peut occuper l'homme dans tout cela en prenant en compte l'éducation, les variations du capital naturel et les dommages écologiques ? « Si cette somme est positive d'une année sur l'autre, c'est bon, vous faites du Développement Durable parce que votre patrimoine global progresse » signale un spécialiste. Mais ces calculs savants reflètent-ils vraiment la réalité ? Comment évaluer les seuils critiques de la pression écologique au-delà desquels on ne peut plus compenser les dégradations de l'environnement par une amélioration de l'éducation ou du capital économique. « Si par exemple vous approchez d'un seuil où l'eau risque de faire défaut, vous pouvez toujours éduquer les gens ou leur fournir de nouvelles pompes, ça ne les empêchera pas de crever sur un sentier de DD »…Le rapport semble bien remettre en cause les modes de calculs des indicateurs, ce qui a pour conséquence immédiate une sous évaluation de la situation climatique de la planète. Nulle part il est question du constat des ravages humains et des désastres écologiques engendrés par l'homme, ni des conséquences sociales futures du changement climatique. En un mot le Développement Durable d'aujourd'hui n'est pas si durable que cela…
« L'ultimatum climatique » est une lettre-pétition qui sera envoyée au président de la République par onze ONG françaises dont le WWF, Greenpeace, Action contre la faim, la Fondation Hulot, Les Amis de la Terre, Médecins du Monde, ou encore le Réseau Action Climat. Objectif, atteindre un million de signatures avant les négociations d'Amsterdam à la fin de l'année. Première mesure qui semble toutefois bien engagée, stopper la croissance des émissions mondiales de gaz à effet de serre d'ici à 2015 avant de les faire décroitre. Pour ce faire, il est clair que les pays industrialisés devront s'engager conjointement et soutenir financièrement et techniquement les pays plus pauvres. Les besoins d'ici à 2020 sont évalués à plus de 100 milliards d'euros par an. C'est moins de 10% des dépenses militaires mondiales.
Tout est plus que jamais une question de choix et de cohérence de politique internationale…
Source : J.G Alternatives économiques, juin 2009
Fabrice HUBERT, pour la Rédaction.