
Lorsque l'on pense changement climatique, on associe impact sur la biodiversité, montée du niveau des mers, perturbation des courants marins, ou encore accentuation des phénomènes météorologiques comme les cyclones, les inondations ou les sécheresses. Mais ce sont bien d'autres équilibres qui sont concernés,
comme par exemple des processus chimiques de polluants comme le mercure. C'est ce qu'a montré une équipe de chercheurs du
CNRS, de l'IRD, de l'université Paul Sabatier et de l'université de Pau, en association avec une équipe américaine, concernant
le rôle joué par la banquise dans le cycle du mercure, et l'impact de sa fonte sur ce puissant neurotoxique.
Le mercure est naturellement présent dans la nature, apporté par l'activité volcanique en particulier. Mais les émissions entropiques, c'est-à-dire d'origine humaine, ont dépassé les émissions naturelles depuis la révolution industrielle et la combustion des matières fossiles. Ce mercure est principalement présent sous forme gazeuse dans l'atmosphère, mais s'oxyde au niveau de l'arctique pour se déposer sur la glace. Lors de la fonte des glaces, la forme oxydée peut à son tour être remobilisée et transformée, via des processus physicochimiques et biologiques, en une forme toxique : le
méthyle-mercure (CH3Hg).
C'est sous cette forme que le mercure est ingéré par les organismes vivants pour s'accumuler tout au long de la chaîne alimentaire et atteindre des concentrations un million de fois plus fortes que celles mesurées dans les eaux de surface.
En mesurant les différents isotopes du mercure dans des oeufs de guillemots collectés dans plusieurs régions arctiques et subarctiques, les chercheurs ont pu établir que
la présence de banquise empêchait à la fois la dégradation du méthyle-mercure par la lumière et qu'elle limitait les échanges de mercure entre l'océan Arctique et l'atmosphère. En d'autre terme, la fonte de la banquise favorise le retour du mercure dans l'atmosphère, limitant ainsi la pollution de la chaîne alimentaire locale.
Bonne nouvelle pour les Inuits et les espèces situées en bout de chaîne alimentaire,
mais le mercure ne disparaît pas pour autant, il reprend sa forme gazeuse pour un temps avant de se redéposer ailleurs. Le méthyle-mercure est toxique pour le système nerveux et en particulier pour son développement chez le foetus. C'est la raison pour laquelle
l'AFSSA recommande aux femmes enceintes et pour les enfants de moins de 30 mois d'éviter la consommation des espèces les plus contaminés comme le requin, la lamproie ou encore l'espadon ou le marlin, et de limiter la consommation de poissons susceptibles d'être fortement contaminés [1] à 150 g par semaine. Pour le reste de la population,
l'AFSSA estime que la consommation de poissons ne présente pas de risque pour la santé, et recommande de consommer du poisson deux fois par semaine.
On estime que la plus grande quantité de mercure rejetée par l'activité humaine dans l'atmosphère aujourd'hui serait à plus de 60% issue d'Asie, la Chine en comptabilisant 40% à elle seule.
L'arctique profite ainsi du réchauffement global pour se dépolluer, c'est un juste retour des choses qui doit nous conduire à prendre encore plus au sérieux ce qui se passe à l'échelle climatique car ce sont l'ensemble des équilibres de la planète qui sont concernés, des plus spectaculaires aux plus inattendus. [1] Selon AFSSA : baudroies ou lottes, loup de l'Atlantique, bonite, anguille et civelle, empereur, hoplostète orange ou hoplostète de Méditerranée, grenadier, flétan de l'Atlantique, cardine, mulet, brochet, palomète, capelan de Méditerranée, pailona commun, raies, grande sébaste, voilier de l'Atlantique, sabre argent et sabre noir, dorade, pageot, escolier noir ou stromaté, rouvet, escolier serpent, esturgeon, thon...Source : CNRS PRESSE
Source : AFSSA
Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.