« L'empreinte écologique de l'homme a doublé depuis les années soixante, alors que l'Europe, les Etats-Unis, le Japon, l'Inde et la Chine, requièrent à eux seuls 75 pour cent de la biocapacité de la planète, ne laissant que 25 pour cent au reste du monde… » Tout est dit ! Comme il fallait s'y attendre, le rapport 2006 émanant du très sérieux « Worldwatch Institute » est accablant. Mais il offre aussi une formidable lueur d'optimisme. Bien sûr les chiffres, (les vrais), sont là, et nous rappellent à quel point il est vital de changer nos modes de vies pour faire face à l'urgence des problèmes liés au développement économique qui ne se souci pas du "long terme". La publication du rapport de cette année fait tourner notre regard, (et c'est plus que justifié), sur la Chine et l'Inde ; les deux grands pays qui connaissent de nos jours la plus grosse croissance économique de ces dernières années. |
Une situation qui se traduit évidemment par une demande exponentielle en énergies, mais aussi en nourriture, en biens de consommation courante et en matières premières. C'est inéluctable. Il va bien falloir "faire avec" les quelques deux milliards et demi d'individus que comptent déjà ces deux parties du monde, quand au même moment, les Etats-Unis continuent de consommer trois fois plus de céréales par habitant que la Chine, et cinq fois plus que l'Inde, avec des émissions de dioxyde de carbone record. Le compte à rebours a bel et bien commencé, et les écarts en terme de consommation de ressources se réduisent à une vitesse vertigineuse. La Chine est aujourd'hui déjà le deuxième plus grand émetteur de dioxyde au monde, (principale cause, faut-il encore le rappeler, du réchauffement climatique), alors que l'Inde s'impose comme le quatrième. Et pourtant, en dépit de ces chiffres, (comme les Etats-Unis pour les raisons que l'on connaît), la Chine et l'Inde ne sont pas soumises aux restrictions d'émissions de gaz à effet de serre contenues dans le protocole de Kyoto… Le constat mis en relief dans le Rapport 2006 était encore inimaginable il y a une trentaine d'années. « La collectivité mondiale n'ose pas encore reconnaître les rôles centraux que tiennent ces deux pays en tant qu'acteurs sur la scène mondiale…» (…) « Le principe est simple : toutes les nations devront tôt ou tard abandonner les carburants fossiles, à cause de leur impact sur le climat, mais surtout à cause de l'épuisement de ces ressources naturelles ». (…) Au fil des pages, on découvre que l'avenir est entre nos mains, car l'ouvrage met aussi en relief les formidables opportunités qui s'offrent à nous si on se donne les moyens de changer les choses. « L'Occident dispose de systèmes énergétiques capables d'assurer une transition douce vers un monde sans pétrole, et sans un impact économique trop important… » Il est donc clair que l'évolution du modèle économique, notamment avec l'essor pris par les « pays du sud », les « Pays continents » qui font désormais partie intégrante du modèle économique mondiale, (le Brésil et l'Afrique du Sud ne sont pas à oublier), ne pourra pas fonctionner au 21ème siècle. D'autant que ces "super puissances en puissance" ne sont pas logées à la même enseigne que l'Occident en matière de ressources naturelles. Sachez qu'un pays comme la Chine ne dispose que de 8 pour cent de l'eau douce de la planète alors qu'elle doit répondre aujourd'hui déjà aux besoins de 22 pour cent de la population mondiale. Les spécialistes savent que la demande en eau potable des villes en Inde va doubler d'ici vingt ans, et la demande industrielle quant à elle va tripler…Développement économique et consommation vont de paire, la demande en pétrole de l'Inde a quant à elle doublé depuis 1992, et dans le même lapse de temps, la Chine devenait le deuxième importateur mondial dans ce domaine. Une Inde, qui devrait dépasser la Chine en population et en taux de croissance d'ici une quinzaine d'années seulement. Dans « l'Etat de la planète 2006 », les ordres de grandeur illustrant ainsi l'urgence de nos changements de comportement deviennent une mine d'or. |

Les auteurs du rapport dans un souci d'objectivité, nous font aussi part de la sensibilité des acteurs économiques émergents dans une démarche durable. Paradoxalement, il serait judicieux dans certains domaines de suivre l'exemple de ces pays. Car il ne suffit pas de citer des chiffrer et de montrer du doigt les nouveaux "énergivores". Nous apprenons qu'aujourd'hui, la Chine et l'Inde sont soucieuses du partage d'idées Nord Sud, (ce qui est loin d'être le cas de l'Occident). Ces deux pays sont mêmes en avance sur leur temps en matière de développement de nouvelles énergies. C'est le cas par exemple avec la vraie politique des transports publics devenue priorité nationale en Chine, (promotion des bus rapides peu gourmand en énergie, usage systématique des biocarburants…) Qui sait qu'il y a aujourd'hui en Chine plus de 2 000 ONG environnementales, alors que ce secteur n'existait quasiment pas il y a encore 15 ans ? Qui sait que l'Inde est aujourd'hui au quatrième rang mondial en matière d'industrie éolienne et de production d'Ethanol ? En abordant tous ces sujets, le rapport 2006 met en lumière et à la portée du grand public, les synthèses scientifiques des spécialistes chargés de traiter les questions vitales pour le devenir de l'humanité sur la Terre. Le document nous offre aussi un regard nouveau sur les nombreuses solutions offertes à l'Homme pour que le défi du nouveau siècle se traduise par une mobilisation sans précédent, et la validation d'une nouvelle éthique sociale et morale. Tel est l'enjeu pour la survie de nos petits enfants. Le Développement Durable nous ne le dirons jamais assez, n'est pas seulement lié à la protection de l'environnement, (même si l'on sait déjà que d'ici 2050, à cause du réchauffement climatique, 200 millions de personnes devront être déplacées). Le Développement Durable c'est aussi le progrès social, (accès à l'éducation, élimination de la pauvreté et de la faim, accès aux soins, reconnaissance du droit des femmes…), et l'assimilation d'une vraie coopération entre les pays du Sud et du Nord. C'est à ce prix que nous pourrons faire de l'activité humaine, non pas une source de pollution et de conflit, mais bel et bien un facteur de progrès pour tous. Une époque est révolue. Un ouvrage à mettre entre toutes les mains. Fabrice Hubert « L'Etat de la Planète 2006 », 229 pages, 19 euros Remerciements : Benoît Lambert World Watch Etat de la planète, le magazine Acheter l'ouvrage à prix spécial 18,05 € fabrice, pour la Rédaction. |