
L'Indonésie s'engage enfin à protéger en partie son exceptionnel patrimoine biologique
Depuis maintenant de nombreuses années, on entend parler de la destruction de la forêt amazonienne et des conséquences dramatiques qu'elle provoque. Si une véritable prise de conscience a l'échelle planétaire a permis de quelque peu limiter les dégâts, ce poumon de la nature est loin d'être sauvé pour autant. Le problème, c'est que lorsque l'on essaye de préserver ce qui peut encore l'être quelque part, les destructions se poursuivent à grande échelle ailleurs. C'est ainsi qu'en Indonésie la nature est en train de payer un énorme tribut au développement économique d'un pays que l'on ne connaît pas très bien dans nos contrées.
Cette nation n'est pourtant pas qu'un petit point lointain sur une carte. C'est au contraire un immense territoire de près de deux millions de kilomètres carrés, composé d'environ 17 000 îles, dont 6 000 habitées par l'homme. Les plus grandes, Java, Sumatra et Bornéo, regroupent une grande majorité des plus de 230 millions d'habitants qui en font le quatrième état le plus peuplé de la planète. On le voit, l'Indonésie occupe une place importante que ce soit sur un plan démographique ou géographique. Quant à son importance au niveau écologique, elle est tout simplement énorme. Avec l'Amazonie et le Bassin du Congo, il s'agit tout simplement d'une des trois régions du monde les plus riches sur le plan de la biodiversité.
Ce pays abrite environ 11% des espèces de plantes connues sur la planète, 10% des mammifères et 16% des oiseaux, un patrimoine inestimable mais en grand danger. Depuis trop longtemps, ce pays s'est en effet lancé dans une déforestation à grande échelle. Depuis 1950, ce sont environ 70% des forêts naturelles qui ont purement et simplement disparu. Le commerce international du bois a été l'une des causes majeures de ce carnage et c'est aujourd'hui la florissante industrie de l'huile de palme qui aggrave encore la situation, des millions d'hectares de forêt primaire laissant la place à d'immenses plantations de palmiers.

Les animaux payent évidemment un lourd tribut à cette véritable folie motivée, comme toujours, par l'appat du gain. Certaines espèces emblématiques pourraient ainsi purement et simplement disparaître dans les décennies à venir. C'est le cas des orangs-outans (première photo), les singes les plus proches de l'homme, qui ne seraient plus que 6 000 aujourd'hui et pourraient avoir disparu dès 2020. Le tigre de Sumatra (photo ci-dessus) ne compterait plus que 500 à 600 représentants, tandis qu'il y aurait moins d'une centaine de rhinoceros de java encore en vie. Si l'on ajoute à cela les dangers pesant sur de très nombreuses autres espèces de mammifères, de batraciens et d'oiseaux, la situation n'est pas loin d'être catastrophique.
Dans ces conditions, chaque bonne nouvelle est bonne à prendre et le fait que le gouvernement indonésien vienne de signer un accord avec le WWF pour protéger les forêts tropicales de l'île de Sumatra est encourageant. Les gouverneurs des dix provinces de l'île se sont engagés à protéger les sites à haute valeur de conservation et à restaurer les écosystèmes en danger. Une telle action serait d'autant plus importante que de nombreux sites de cette région abritent des forêts de tourbières, dont la disparition accélère de manière plus que significative le réchauffement climatique. Un petit espoir vient donc de naître avec la signature de cet accord, mais le combat sera encore long et difficile pour sauver l'un des écosystèmes les plus riches de la planète.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.