
OGM : manque de rigueur des autorisations de mises sur le marché.
Le reportage diffusé sur Canal + le 15 septembre 2005, intitulé « OGM : L'étude qui accuse » et qui est disponible sur internet, a scandalisé bon nombre d'entre-vous, et à juste titre. Mais il m'apparaît important de souligner que ce document éclaire, non pas le risque OGM,
mais celui qui est consécutif à des comportements irresponsables, et peut-être criminels, imputables aux scientifiques non rigoureux, aux dirigeants peu scrupuleux, aux fonctionnaires laxistes, et aux politiques peu regardants, que les journalistes montrent du doigt tout au long de leur enquête.
En effet, sur des cas particuliers, des OGM de soja et de maïs de la firme Monsanto dont l'inocuité sur la santé est mise en doute,
une généralisation est faite, ne serait-ce que par ce titre plutôt racoleur.
Une généralisation qui masque finalement le fond du problème : la chaîne de décision qui conduit à la commercialisation d'un organisme génétiquement modifié est elle sûre ? En 2006, la surface mondiale des cultures de plantes transgéniques atteint
102 millions d'hectares. Ces plantes ont la caractéristique de résister à leurs agresseurs naturels (virus, insectes…), ou encore d'être insensibles à un herbicide, ou bien de produire une molécule utilisée en pharmacologie. Certaines poussent malgré la sécheresse, la plupart ont des rendements supérieurs aux plantes non modifiées(1). Ces éléments, mis en relief par les menaces de famines qui sévissent ou vont sévir dans le Monde, font dire de cette technologie qu'elle est l'avenir de l'humanité.
D'un point de vue strictement scientifique, elle pourrait l'être si l'humanité était capable de ne pas mêler le profit et la standardisation, avatar de la mondialisation, à cette affaire.
En effet, les progrès immenses accomplis par la recherche dans ce domaine donnent aujourd'hui aux laboratoires la capacité non seulement d'ajouter un gène à une plante, mais d'en contrôler l'expression et d'évaluer les risques de l'utilisation de cette plante.
Mais évaluer les risques est long et cher, et les firmes qui développent de nouveaux transgéniques ne sont pas philanthropes. Le reportage montre combien le profit peut conduire à la manipulation de données, et peut-être à la corruption de décisionnaires ou au chantage économique. Comportement d'autant plus absurde que, dans le climat actuel qui est plutôt au rejet de cette technologie, mettre un produit douteux sur le marché relève de l'erreur de communication caractérisée.
Deuxième aspect du problème OGM, la standardisation.
Dans le même temps, on pousse les agriculteurs à utiliser ces semences, et on maintient, en France en particulier, une législation interdisant la commercialisation de variétés non enregistrées au catalogue officiel des semences. Les variétés anciennes, dont l'intérêt est d'être adaptables et de s'exprimer en fonction du terrain et du climat, sont, de ce fait,
disqualifiées et donc non enregistrables.
Ainsi, on tend à réduire l'offre semencière aux seuls OGM, ce qui ne plaide pas non plus en leur faveur. Mais alors que théoriquement, les risques liés à cette technologie sont d'autant plus faibles que des méthodologies d'évaluation, de surveillance, et de lutte contre la dissémination existent, dans la pratique, la façon dont l'industrie agroalimentaire utilise cette technologie, et la légèreté manifeste des services d'évaluation avant mise sur le marché, constituent une réelle menace.
Une menace que les politiques préfèrent visiblement ignorer, s'appuyant sur les rapports complaisants rendus pas leurs administrations.
Ainsi, le dossier OGM, par le manque d'honnêteté de ses différents acteurs, et à l'image des scandales de santé publique qui ont marqué les dernières décennies, repose l'éternelle question : le progrès scientifique est-il bon ou mauvais pour l'humanité ? Pour les responsables politiques, la réponse sera toujours la même : « responsables, mais pas coupables ». (1) Mais épuisent les sols.
Visionner Le reportage de Canal+
Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.